La marquise de Sade VS Trompette sournoise

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Le sondage s’est terminé le 06 Fév 2010, 21:15

- Texte n°1
9
56%
- Texte n°2
7
44%
 
Nombre total de votes : 16

La marquise de Sade VS Trompette sournoise

Messagede Tyler Durden » 29 Jan 2010, 21:47

la marquise de Sade a écrit:Trompette Sournoise,

je vous jette mon gant Mappa dans la trogne et vous enjoins de relever le défi d'écrire un texte humoristique digne de test-achat qui marquera notre génération et les générations à venir ainsi que la chatte de madame votre mère mieux que moi.

Je vous laisse le choix de décider du sujet ou de le refiler à un malheureux membre que vous détestez et je vous attends jusqu'à après demain à l'aube en mp pour mettre au point plus précisément les armes à utiliser et les délais de livraison de la marchandise.


Si vous relevez ce défi, ce message ne s'autodétruira pas, mais l'une de nos deux réputations va en prendre un méchant coup. (surtout la mienne je crois :tears: )

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Trompette Sournoise a écrit:Marquise de Sade,

Bien que la vaisselle me soit un sport tout à fait étranger, je ramasse votre gant mapa, convaincu qu'un homme instruit peut en avoir l'usage dans bien d'autres circonstances.
Le défi est donc relevé.
La chatte de Madame ma mère ayant été insultée, je n'aurai aucune pitié.
Je laisse à Sieur Lunatik, que je ne déteste point par ailleurs, le choix du thème. J'insiste seulement sur le fait que les mots imposés me foutent littéralement la gerbe.
Pour le reste, tous les coups sont permis et votre dignité, Marquise, se trouve déjà sur une pente savonneuse dont l'inclination avoisine les 30 %.

Me réjouissant à l'avance de l'opprobre dont vous serez fatalement victime, je vous prie d'agréer et ainsi de suite.

Ah ah ah (rire démoniaque)

Trompette, sournoise.



Lunatik a écrit:Bon, je savais même pas ce que c'était que ce test achat, mais renseignements pris, voilà ce que je vous propose : voilà trois produits test, que vous devez nous vendre ou nous dissuader à tout jamais d'acheter, si possible en nous faisant tellement poiler qu'on oubliera de quoi il retournait au départ :
(Vous pouvez vous lancer sur les trois thèmes à la fois ou un ou deux, selon l'inspiration.)

Une famille modèle
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Un rasoir féminin jetable
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De l'anti nuisibles
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Date limite : samedi 30/02 le soir
Vote ouvert jusqu'au samedi 6 février.
Tyler Durden
 
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Re: La marquise de Sade VS Trompette sournoise

Messagede Tyler Durden » 30 Jan 2010, 21:14

Texte n°1



«La solution recherchée, on la découvre souvent tout près de soi, alors pourquoi chercher l'incertain, l'impossible. Les abus conduisent-ils toujours à l'abîme ?»

(Pierre Bellemare)


Chers amis, je vous remercie d’être venus si nombreux pour assister à cette fantastique battle.
Je remercie également Lunatik pour la liste merveilleuse d’objets à tester. Impatiente de me mettre au travail le plus rapidement possible, j’ai sauté dans un jeans aussitôt les produits donnés et je me suis rendue chez un petit artisan avec ma liste de course.

Vous connaissez le prix d’une famille modèle ?

Sérieux ! Mais qui peut se payer une telle chose? C’est pas avec les sympathiques allocations que l’ANPE me verse chaque mois que j’avais la moindre chance de me l’offrir. Mon artisan me conseilla d’essayer dans un magasin Discount, peut-être qu’avec les soldes j’en trouverais une à un prix tout à fait abordable. Des noix, oui ! Rien, nada, que dalle, en rupture de stock partout. La dernière venait d’être vendue à une belle mère qui souhaitait en mettre plein la vue à son amie d’enfance exilée aux States et de passage en France.
Ce premier échec me démoralisa. J’allais perdre cette battle, la honte retomberait sur moi, plus jamais je n’oserais me connecter sur le Réservoir. Je serai obligé de revenir sous un faux pseudo Etoile_qui_scintille ou Amanite_phalloïde pour continuer à poster mes jolis textes. J’envoyai un mp de SOS à Soom, au cas où il aurait ça dans un de ses vieux cartons, entre une anthologie de la poésie du IIIème Reich et sa machine à envoyer des votes pour les concours. Il me répondit que côté famille modèle, il ne lui restait que quelques dégueulis en souvenirs. Patmos me proposa de m’envoyer quelques photos de vacances de famille modèle, mais je ne voyais pas trop comment m’en sortir avec ça. Moufette me dit qu’elle en parlerait à son psy et la tulipe_noire ricana en me proposant de me faire 2.4 enfants. Turlupin me répondit que chez lui, une famille modèle valait 3 fois plus qu’ici et me conseilla de voir sur Ebay.

Vous avez déjà tenté de chercher « Famille modèle » sur Ebay ?




J’en trouvai une d’occasion dans la catégorie Jeux, jouets et figurines, livraison – de 48h. Ca me laissait le temps de tester les deux autres articles avant leur arrivée.

Le rasoir féminin, je connais déjà. Je le teste quotidiennement depuis mes 14 ans, depuis ce jour où j'ai eu la bonne idée d'emprunter celui de ma sœur pour raser les 4 poils que je venais de découvrir sur mes jambes.
Le rasoir jetable, c’est celui qui vous fait une repousse au bout de 12h digne d’un papier de verre n°150 peu importe l’endroit où vous l’utilisez. Gilette, c'est l'amie de chaque Bridget Jones qui sommeille en nous. Le jetable, c’est un peu l’accessoire indispensable que toute femme doit avoir dans son sac à main, comme la brosse à dent. Conseillé après chaque repas.
Il y a une dizaine de jours, j’ai fait les parties intimes. Lors de mes ébats, je suis resté accrochée à mon partenaire qui apparemment utilisait aussi le rasoir jetable. A chaque mouvement, la chambre se remplissaient de scratch aïe scratch aïeuu scratch ouille. Au bout de 2h l’un dans l’autre on dut bien se décider à se séparer. C’est lui qui emporta ma repousse. Ca lui faisait un joli recto verso de poils avec racine autour du sexe. De mon côté, après m’être enduite une semaine durant de crème apaisante achetée chez mon pharmacien sous prétexte que j’avais les lèvres gercées, je me réjouis de l’épilation définitive de mon sexe. Au toucher et dans le noir, je parais 30 ans de moins.

Il me restait donc à tester le troisième produit.
C’est avec un grand sourire que j’allai demander à mon pharmacien une livre de mort aux rats. Je ne vous l’ai peut-être jamais dit, mais j’habite à côté de la pharmacie. De suite il me demanda si j’avais quelques soucis avec la vermine, le regard inquiet, voire inquisiteur. C’est exact que cet été, j’avais quelque peu oublié le jour de passage des éboueurs dans notre rue et que très rapidement la cour arrière de l’immeuble se transforma en un refuge pour chiens, chats et rats abandonnés. Je le rassurai très vite en lui disant que la mort aux rats étaient pour un combat entre amis, aucun soucis de poubelle ! Je ne sais pas pourquoi, il ne sembla pourtant pas plus serein quand il me tendit le sac orné d’une immense tête de rongeurs. Il me spécifia que le produit était très dangereux, qu’il fallait porter des gants et ne pas l’utiliser dans un lieu où se trouvaient des aliments.
- Pas de soucis ! Je vais l’utiliser dans le réservoir et compagnie, lui ai-je dit.
Son regard devint encore plus noir qu’avant. Le réservoir de la ville qu’il me demanda ?
- Non, le réservoir de la Marquise ! dis-je en passant la porte de la pharmacie.

Deux heures plus tard, alors que j’avais mes Mappa sur les mains, des hommes avec d’immenses masques sur la bouche défonçaient la porte de mon appartement. J’avais d’abord cru que ma famille modèle faisait une entrée remarquée, mais les 5 agents et les 2 bergers allemands aux crocs parfaits n’avaient rien d’une famille modèle, même au toucher ou dans le noir ! L’arme du crime potentiel fut saisie par les policiers, ils prirent des photos de mes gants, et fouillèrent ma cuisine de fond en comble. Ils ne trouvèrent rien de très probant si ce n’est une dizaine de lames de rasoirs jetables que j’avais démontées pour ne pas jeter du métal et du plastic dans la même poubelle. La sauvegarde de la planète est devenue ma première urgence depuis que j’ai vu Home de Yann Arthus-Bertrand. J’essayai de leur expliquer que tout ceci n’était qu’une petite battle amusante entre amis, partie sur une idée de Soumise et de la marquise de Sade, mais rien n’y fait. Ils me poussèrent dans le fourgon sous le regard désapprobateur des voisins. Je n’eus que le temps de voir une camionnette jaune de livraison décharger un couple de Roumains et leurs deux enfants un peu plus loin dans la rue. Ceux-ci baissèrent le regard au passage de la fourgonnette et firent semblant de ramasser quelque chose par terre.

Ma garde à vue s’est terminée ce matin. Je viens de rentrer chez moi. Mon appartement est vide, il ne reste que quelques vieux journaux éparpillés au sol et mes plantes vertes. Dans 3h je devrai afficher mon article sur le site et mes tests sont peu concluants. Ma carrière d’écrivain est définitivement finie. Sans compter que je viens de m’apercevoir que ma chatte ressemble de plus en plus à celle de ma mère.
L’épilation définitive c'est comme la postérité, ça n’existe que dans la presse féminine.
Tyler Durden
 
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Re: La marquise de Sade VS Trompette sournoise

Messagede Tyler Durden » 30 Jan 2010, 21:29

Texte numéro 2.

Une famille au poil

Le dimanche matin, les enfants avaient pour consigne de ne pas entrer dans la chambre de leurs parents avant 11 heures précises. Léo et Donald pouvaient donc à loisir asperger le chat d’essence à briquet, ingurgiter de la soude caustique ou se défoncer au peyolt ; tandis que leurs géniteurs, Frédéric et Alice, introduisaient l’un dans l’autre différentes parties de leurs anatomies respectives, et quelques pièces choisies du mobilier.
Frédéric faisait preuve d’une éloquence un peu pénible au cours du rapport sexuel hebdomadaire auquel le jeune couple se livrait avec un engouement toujours sincère :

- Toi ma salope, je t’aime plus que ma vie, déclara-il tandis qu’Alice, portant son uniforme de caissière, feignant de s’être trompée sur la monnaie, se voyait châtiée d’une fessée aux orties du jardin.
- Je suis sincèrement désolé, Monsieur. Je pensais pourtant avoir compté juste. Mais il parait clair que je vous suis redevable de 3 euros 50, répondit-elle d’une voix émue.
- Je te chérirai encore et encore, sale trainée, car tu me combles de joie.

Frédéric attacha les mains de son épouse à l’aide d’un câble-électrique-dénudé-relié-au-secteur, puis il entreprit de la frapper au visage avec le chandelier, façon Cluedo.

- Espèce de pute borgne, je dois bien l’avouer : je meurs d’amour pour toi car tu as enfanté deux enfants magnifiques, dont un viable, et je remercie chaque jour le destin d’avoir placé sur mon chemin ta chatte exubérante. J’aime chacun de tes gestes, le plus infime de tes battements de cil, ta façon d’être à moi, le sel sur ta peau, le vent dans tes cheveux, sans compter que, contrairement à ta mère, tu avales.

Comme ils abordaient la question, Alice se redressa et prit Frédéric dans sa bouche. Ce dernier alluma une cigarette. Non qu’il fumât, mais cela lui donna l’occasion d’éteindre épisodiquement son mégot sur la nuque de sa partenaire, qui serrait les dents en retour, lui infligeant une douleur indescriptible, l’inspirant encore davantage :

- Félicitée, pourquoi m’as-tu tant gâté ? J’ai une famille merveilleuse, un emploi stable et aucun ami à Port aux Prince. Je suis propriétaire foncier, je pratique le patinage artistique et mes facultés mentales sont intactes. Quel infâme égocentrisme pourrait me pousser à espérer mieux que ce dont je jouis déjà ?
- Ah non, pas déjà ! s’exclama Alice, en articulant du mieux qu’elle put.
- Tais-toi, misérable catin. Et crie mon nom sans les consonnes.
- Hé Hé Hic ! Hé Hé Hic ! Hé Hé Hic ! mugit-elle.

D’une clef de bras fort habile, Frédéric retourna la caissière sur le ventre, puis lui brisa un pot de géranium sur le crane.

Pendant ce temps, au salon, Léo initiait Donald aux amphétamines.
Après tout, c’était lui l’ainé.

- Ca, mon pote, c’est de la méthédrine. C’est grâce à ce truc que les allemands ont mené leur campagne dans les Balkans, en 1941, sans dormir pendant onze jours. Les effets de chaque prise durent quelques heures. Plus besoin de bouffer, plus besoin de dormir, au taquet en permanence. Il se peut que ça te fasse un petit peu mal au nez mais en renouvelant les doses comme il faut, ça va glisser comme papa dans maman.
- Comme papa dans maman, répéta Donald

Léo écrasa une gélule sur la table basse, sous les yeux admiratifs de son cadet. Ils portaient encore leurs pyjamas. Donald exhibait une coiffure afro, de couleur mauve. Sur les recommandations de son frère, il approcha son nez d’une longue paille en spirale, reliée directement à la poudre.

Dans la chambre parentale, Frédéric avait enfilé son costume de vendeur en assurances, feignant d’avoir fait signer à Alice une convention obsèques nullement requise. Cette dernière marchait sur le torse de son mari, avec des échasses (elle avait vu le jour dans un petit village des Landes, au milieu des parcs à huitres). De temps à autre, la jeune femme lâchait une boule de pétanque sur les parties du concubin, qui ne se taisait pas pour autant :

- J’ai pour toi des élans faramineux, chienne lubrique. Lorsqu’ on m’aura privé du soleil, je vivrai encore à la seule lumière de tes yeux. Par ailleurs, je tiens à vous présenter nos excuses, au nom de l’agence, pour cette regrettable erreur de contrat. Il s’agissait évidemment d’une assurance sur la vie, et nous vous prions de bien vouloir nous pardonner cet impair.

Quand les enfants frappèrent à leur porte, Frédéric déchargeait sur le visage de l’amour de sa vie, une quantité considérable de vitamines C et B12, ainsi qu’un certain nombre de sels minéraux tels que calcium, magnésium, phosphore, potassium et zinc. On pouvait également trouver sur la physionomie souillée d’Alice des traces d’hormones (comme la testostérone) et, dans une moindre mesure, des polluants.

- Une minute, les enfants, leur cria-t-elle.

*****


Ainsi prirent-ils, comme chaque dimanche matin, leur petit déjeuner au lit, serrés les uns contre les autres, un rayon de soleil filtrant entre les stores de la chambre.
Léo préparait toujours le café et les tartines, encouragé par son jeune frère. L’ainé se plaisait à expérimenter des recettes originales, mélangeant du méthylphénidate de synthèse à la confiture aux groseilles, versant quelques gouttes de mescaline dans le jus d’orange, ou, plus simplement, frottant les croissants entre les jambes du chien cancéreux qu’on laissait pourrir dans le jardin.
Donald flottait dans son pyjama. Tous les mois, Alice devait ressortir de l’armoire une brassée de vêtements que l’enfant avait portés un an plus tôt. Elle était bien consciente de le couver un peu trop mais elle ne pouvait s’empêcher, par exemple, de prémâcher ses biscottes. D’un autre côté, il est vrai que l’enfant perdait régulièrement ses dents, par lot de trois ou quatre. Pour Donald, la petite fée était une manne providentielle.
Cela rendait Léo vert de jalousie.

- C’est pas juste, marmonna-il. C’est moi qui prépare tout le petit déjeuner. Lui, il fait que me regarder. Et tu me mâches rien du tout, à moi, maman. Et puis vous m’achetez jamais rien. C’est pas catholique, d’abord, de préférer un de ses enfants !

Frédéric termina son jus d’orange puis intervint vigoureusement :

- Pour commencer, nous sommes bouddhistes. Ensuite, même si tu avais la leucémie, tu trouverais encore le moyen de râler. Alors ne joues pas les ingrats, Léo !

Pour appuyer les propos de son mari, Alice secoua la tête en soupirant. Elle caressait distraitement la perruque-afro-mauve de Donald, qui s’exclama :

- Je vais vivre jusqu’à cent mille ans !

Les pupilles du gamin étaient exagérément dilatées. Il délirait grave, visiblement saisi par l’euphorie provoquée par la méthédrine.

- Et même deux cent mille ans, mon poulet, l’encouragea Alice.
- Et j’irai combattre avec les allemands sans dormir. Pendant onze jours. Comme en quarante et un !
- Oui, si tu es bien sage, ajouta son père.

Ils terminèrent leur encas en silence, puis Frédéric essuya amoureusement le coin de la bouche d’Alice qui gardait, il ne s’en apercevait que maintenant, une trace de foutre sur la joue.
Le père de famille fut alors saisi d’une nouvelle crise de lyrisme, il entoura de ses bras maigrichons les salopiots et la grognasse :

- Ah mes enfants, ma femme, ma douce famille ! Je vous aime et je vous chérie, vous êtes toujours dans mon cœur. Et chaque semaine renait la vie, quand nous mangeons des tartines au beurre.
- Je préférais tes sonnets, commenta Alice. Là, y’a un problème de rythme.
- Qu’est-ce que vous faites avec des échasses ? demanda Léo en regardant sous le lit.
- Donald va bientôt avoir des nouveaux cheveux ! applaudit Donald.

Tous les lundis, en effet, Alice emmenait son enfant favori au magasin de location de déguisement, où ils choisissaient ensemble une nouvelle perruque. Le môme était déjà passé par une phase punk, gothique, rétro-funky et post-judaïque. Il n’aurait raté pour rien au monde ce rendez-vous avec la mode.

Le lit était rempli de miettes à présent.
Toute la famille était repue, sauf Léo, qui n’avait touché à rien.

- Hé, dites voir mes cocos, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? demanda Frédéric avec sa plus belle tête d’abruti.
- Oh non, pitié… C’est dégueulasse d’abord… râla Léo.
- Toi et ton caractère de cochon ! gronda Alice.
- On rase maman ! brailla Donald. On rase maman ! On rase maman ! On rase maman ! scanda-t-il avec frénésie.
- Mais oui, mon cœur. On va raser maman !

Alice n’était pas seulement caissière. Elle pratiquait aussi l’haltérophilie en amateur. Quatre fois par semaine, elle se rendait à la salle, torturant son corps sous la fonte, se livrant ainsi à un masochisme primaire dont elle ne parvint jamais à se défaire. Son record personnel s’élevait à 135 kilos, en développé-couché, une performance fort honorable qui ne pouvait s’atteindre, néanmoins, qu’au prix de certains sacrifices. Ainsi Alice se nourrissait-elle presque exclusivement d’omelettes aux blancs d’œuf et d’hormones de croissance. Pour autant, cela restait une belle femme, qui tenait chaud en hiver et assurait l’ambiance sur les plages, en été. Toutefois, elle s’exposait volontiers à la tonte hebdomadaire car, la seule fois où elle avait négligé cet impératif, les poils de ses aisselles s’étaient pris dans les rayons de la bicyclette et les pompiers s’étaient moqués.
On commença par la recouvrir intégralement de mousse. Elle ressemblait à un nuage de quatre-vingt kilos. Frédéric distribua aux enfants une poignée de rasoirs jetables.
De mauvaise grâce, Léo faisait glisser sa lame le long du dos de sa mère. Donald s’occupait des jambes, une tache qui lui prendrait le reste de la matinée, d’ailleurs il s’en moquait, du moment qu’on lui offrit une nouvelle perruque le lendemain. Frédéric séparait les sourcils de la moustache, ce qui demandait un peu de précision et beaucoup de tolérance. Alice se laissait faire, en rêvant à la barre mythique des 150 kilos qu’elle espérait pourvoir soulever d’ici peu, dès qu’elle aurait mis la main sur ce nouveau complément alimentaire à base de testicules de yack lyophilisés.

Deux heures plus tard, la mère de famille était à peu près glabre. On apercevait déjà sa barbe naissante mais personne ne l’aurait remarquée à un concours de lancé de javelot.

- Comme tu es belle, ma femme, s’exclama Frédéric, tandis qu’Alice le soulevait (épaulé-jeté) à plusieurs reprises au-dessus de sa tête, pour le plus grand plaisir de Donald, qui tenta d’applaudir mais se rendit alors compte que la méthédrine affectait également la synchronisation de ses mouvements. De fait, en guise d’applaudissements, il se giflait.
- Y’a un truc marrant avec la mort aux rats… intervint Léo, sans aucune forme de transition et afin d’accélérer la narration.

L’ainé tirait sur sa pipe, jambes croisées, dans le grand fauteuil du salon. Au milieu des volutes de fumée, on pouvait apercevoir un mauvais sourire sur son visage plongé dans les ténèbres (dans un souci de mise en scène, il avait discrètement fermé les volets). Alice en eut les bras coupés. Frédéric chut, par conséquent. Donald, bien qu’il fût lui-même en pleine descente, parvint à amortir l’effondrement paternel. Tous, à présent, étaient suspendus aux lèvres de Léo, qui ordonna qu’on se tint à autre chose afin qu’il puisse articuler convenablement la suite de sa tirade :

- La mort aux rats, disais-je, est un produit toxique. Jusqu’ici, je ne vous apprends rien. Nous parlons d’un raticide ou « rodenticide » utilisé pour l’empoisonnement des muridés et autres rongeurs.

Il tendit la photographie d’un muridé crevé, afin que son jeune frère put saisir de quoi il retournait.

- Ohhhh… commenta Donald, essayant une nouvelle fois d’applaudir mais parvenant simplement à se prendre les bras dans le tapis.
- La mort au rat, donc, poursuivit Léo, était autrefois composée d’arsenic et de thallium. Ce qui est intéressant, c’est qu’on utilise aujourd’hui un simple anticoagulant.
- Tiens donc, et pourquoi ? demanda Alice, sincèrement intriguée, caressant la pointe de sa jeune moustache.
- Oui, pourquoi ? imita Frédéric, grattant la barbe de son épouse.
- Maman, je suis coincé dans le tapis, avertit Donald.
- C’est bien mon cœur, encouragèrent les parents synchrones.


Léo, bénéficiant pour une fois de l’attention de tous, se leva et fit les cent pas au milieu du salon, mains derrière le dos, hochant la tête, ricanant à l’occasion. Quand il eut terminé sa promenade, il dit :

- Les rats sont méfiants. Et plus intelligents que vous. Figurez-vous qu’avec l’expérience, un goûteur teste un échantillon de nourriture avant le reste du groupe, même le dimanche matin… Et donc, si le goûteur meurt foudroyé par un poison violent, les autres rats ne toucheront pas à l’appât.
- Malin ! commenta Alice.
- Oui… Excellent. Je la connaissais, avec un rabbin… ajouta Frédéric, hors de propos.
- Je ne suis qu’une merde, annonça Donald, expérimentant les effets secondaires de la drogue. Je vais crever, j’veux dire, on va tous crever, dans ce monde qui va crever, et puis y’a rien à faire, l’Homme est une saloperie sans nom. Je voudrais qu’on me laisse écrire de la poésie maintenant, bande de fiottes, pour le temps qui me reste à vivre au milieu de cette fosse à purin.
- C’est bien mon cœur.
- L’avantage des anticoagulants, conclut Léo, c’est qu’ils entrainent une mort retardée, par hémorragie, en quelques jours. Ainsi, tous les rats d’un groupe…

Il tendit les bras, paumes relevées, vers les membres de sa famille, puis éclata d’un rire effrayant, avant de poursuivre :

- Tous les rats d’un groupe peuvent donc être empoisonnés sans éveiller leur méfiance ! Maintenant… Est-ce que je peux raisonnablement vous réclamer cette foutue Playstation 3 ou faut-il que je m’inocule le Typhus, afin que vous me preniez un tant soit peu en considération ?
- Tu nous as refilé de la mort aux rats ? interrogea Frédéric, frappé d’une lucidité soudaine.
- Tout peut encore s’arrêter, précisa Léo. Avec une manette Dualshock, de couleur rouge, le jeu Naruto Ultimate Ninja Storm, un microcasque communicator Duatel et un auto switch HDMI, je crois qu’on va pouvoir s’entendre à propos d’une administration collective d’antidote. Pour ce qui est de Donald, je propose qu’on ne fasse rien. De toute façon il est foutu. Mais je vous laisse décider…
- C’est très mal, ce que tu as fait, jeune homme, avertit Alice.
- Flammes sans mèche qui lèchent mon être, la douleur qui s’est insinuée au fond de moi, consume mon corps qui va disparaître.
- Donald, écris dans ta tête s’il te plait ! conseilla Frédéric.
- Bon, alors, vous me signez une promesse d’achat ou j’appelle « Sos village d’enfants » ?
- Ca mérite réflexion, estima Alice.
- A la lumière de cette bougie, traçant de mon doigt tordu, une dernière offrande à la vie, sur mon poignet ouvert et tendu…
- La ferme, Donald ! explosa Frédéric.

Alice prit Léo dans ses bras, ce qui n’était pas arrivé depuis des mois. Elle le serra si fort qu’il devint bleu. Juste avant qu’il n’étouffe, elle le reposa au sol et lui rendit sa pipe :

- Bon, fit-elle, sacré farceur. Qu’est-ce que c’est au juste, un auto switch HDME ?
- HDMI, maman chérie, corrigea-t-il, radieux.
- Oh félicité ! Pourquoi m’as-tu tant gâtée ? déclama Frédéric. J’ai une famille merveilleuse, un emploi stable et toujours aucun ami à Port au Prince. J’ai tout un stock de poils pubiens, dont nous ferons des coussins Un slip à clous, un chandelier, un chien mort dans la niche… et pour bientôt : un auto switch. J’ai un enfant qui fume la pipe, et puis un autre en plein trip.
- D’ailleurs, où est le petit ? s’inquiéta Alice.

Juché sur des échasses (répétez-le dix fois), manœuvrant paisiblement entre la maigre circulation d’un beau dimanche après midi, à quelques rues de là, un gamin aux cheveux mauves écrivait sur un petit carnet, des mots qu’il prononçait tout haut. Il s’en allait vers l’Europe centrale, laissant dans son sillage un tourbillon de poésie sur feuilles volantes. Dans sa poche il y avait, de la méthédrine en sachet, un avion en papier, froissé, et de la toute petite monnaie. Oh, comme il riait… en pleine montée :

Attendez-moi, chers allemands, je viens vous prêter main forte,
Prenons ensemble les Balkans,
Onze jours de veille, mort aux cloportes !
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Re: La marquise de Sade VS Trompette sournoise

Messagede la marquise de Sade » 30 Jan 2010, 21:51

Que du vécu !
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Re: La marquise de Sade VS Trompette sournoise

Messagede moufette » 30 Jan 2010, 22:04

Po po po ! Quelle tournée !! Il faut multiplier les battles.

J'ai vraiment bien rigolé. Merci ! Merci !........ c'est moi que j'ai gagné.
J'ai perdu ma chatte et je m'en remets pas.
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Re: La marquise de Sade VS Trompette sournoise

Messagede la_tulipe_noire » 31 Jan 2010, 00:45

elle avait vu le jour dans un petit village des Landes, au milieu des parcs à huitres


je me suis arrété sur cette grosse connerie géostratégique dans le texte 2. De toute façon c'était trop long...ou j'en avais assez lu
J'ai donc voté 1
"le mal n'est jamais spectaculaire, il a toujours forme humaine, il partage notre lit, et mange à notre table"
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Re: La marquise de Sade VS Trompette sournoise

Messagede Lunatik » 31 Jan 2010, 02:05

Marquise, Trompette, je vous confisque peyotl, moquette et mort aux rats jusqu'au rétablissement de vos fonctions cérébrales qui m'ont l'air passablement endommagées.
Toutefois, je suis bon prince, je vous laisse les gants mapa et l'imossel pour les petits plaisirs dominicaux.


Connerie géostratégique ? Pour les parcs à huîtres dans les Landes ??
Quelqu'un m'explique ?
La douleur des veaux n'intéresse personne : avec un peu de riz, tout s'arrange.
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Re: La marquise de Sade VS Trompette sournoise

Messagede Baldr » 31 Jan 2010, 02:17

pour savoir, le bassin d'Arcachon est dans les Landes de Gascogne ?
l'ostréiculture est sa principale ressource économique ?

jdcjdr
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Re: La marquise de Sade VS Trompette sournoise

Messagede Telerama » 31 Jan 2010, 02:22

Mouarf mouarf mouarf.
Fantastique. Tous les deux fantastiques.

Je ne pense pas que vous ayez tout à fait respecté la contrainte, ce n'est pas exactement un article digne du test-achat, mais c'est beaucoup mieux, alors on s'en fout. Deux styles complétement différents et plein d'humour. Le choix va réellement être compliqué pour moi.

si ma femme est de bonne humeur cette nuit je vote pour le texte 1.
Si elle fait la gueule, je vote pour le 2.
Si Baldr est dans mon lit quand je vais me coucher, je ne vote pas.



(l'auteur du 2 a de fortes chances d'avoir mon vote)
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Re: La marquise de Sade VS Trompette sournoise

Messagede la_tulipe_noire » 31 Jan 2010, 02:37

pour savoir, le bassin d'Arcachon est dans les Landes de Gascogne ?
l'ostréiculture est sa principale ressource économique ?


Oui bon les Landes de gascogne c'est une région naturelle, au sens où le paysage y est plutôt homogène.
Mais le bassin d'Arcachon fait partie du département de la Gironde pas des Landes...et 10 000 T d'huîtres sur 125 000 environ produîtes en France, c'est pas non plus énorme...vaut mieux être dans l'immobilier que dans l'huître dans ce coin là
Enfin les échasses ne sont pas d'une grande utilité au milieu d'un parc à huîtres :green:
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Re: La marquise de Sade VS Trompette sournoise

Messagede Lunatik » 31 Jan 2010, 03:03

T'inquiète Tulipe, on a compris...

Si ça peut te consoler, s'il avait été question d'ostréiculture dans les Deux Alpes, ta remarque aurait frôlé la pertinence, échasses comprises.
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Re: La marquise de Sade VS Trompette sournoise

Messagede la_tulipe_noire » 31 Jan 2010, 03:10

c'était juste pour donner à Baldr des infos précises sur le huîtres en France...parce que les moules il connait déja :green:
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Re: La marquise de Sade VS Trompette sournoise

Messagede la marquise de Sade » 31 Jan 2010, 03:45

Il est en forme, Tulipe ...

Tu devrais lire la totalité du 2ème texte au lieu de dépenser ton énergie à dire des vulgarités que même Moufette elle est choquette ! :siffle:
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Re: La marquise de Sade VS Trompette sournoise

Messagede lady... » 31 Jan 2010, 11:28

les deux sont sympas, mais j'ai voté pour la simplicité du 1 ...
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Re: La marquise de Sade VS Trompette sournoise

Messagede Lunatik » 31 Jan 2010, 12:34

Voter s'annonce plus ardu que prévu...

Toutefois, je confesse une certaine faiblesse pour le 2, malgré les longueurs de la baise hebdomadaire.
Je crois que ce qui a définitivement entériné mon choix, c'est le coup des pompiers moqueurs.
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