Epreuve n° 4 : les textes et les photos

Parodiant la subliiiiiime Ferme des célébrités de TF1, le Réservoir se met à la forumrealité.

Epreuve n° 4 : les textes et les photos

Messagede ENDEMOU » 09 Mai 2010, 20:30

Comment voter ?

Choisissez vos deux nouvelles préférées et notez-les.

Dix points pour le respect des consignes
Dix points pour le style et l'écriture
Dix points pour l'inventivité et l'originalité.

Soit un total sur 30 pour chacune de ces deux nouvelles qui vous a le plus séduits et pour ces deux là uniquement.

Vous devez me communiquer vos notes pour le dimanche 16 mai 20h par mp.


Photo 1 :

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Télérama :

La mécanique du travail.


Et ce fût comme une nuée de vieillards sales et puants, qui s'attaquèrent à votre humble narrateur, avec leurs bras chétifs et leurs serres émoussées. C'était la vieillesse se vengeant de la jeunesse. Et je n'osais même pas lever un doigt ô mes frères car j'aimais mieux subir leurs coups que de ressentir cette nausée et cette horrible souffrance.
Alex.



Ce que j’aime le plus dans ce boulot, c’est le moment où l’espoir que ça se termine s’éteint.

- Je suis prêt à y passer la nuit si vous voulez, personnellement, je n’avais rien de prévu, ce ne sera pas un dérangement dans mon emploi du temps. N’est-ce pas la vieille ?

Assise sur un fauteuil Louis XVI, ficelée comme un rôti de dindonneau, la vieille me regardait fixement, en tremblant. Les cordes commençaient à lui couper la circulation et sa peau fripée blanchissait à vue d’œil entre les lacérations des liens. Ces deux enculés étaient des durs à cuire. Plus de 3 heures que je les questionnais dans tous les sens, à tour de rôle, à grands coups de claques et de menaces et aucun des deux n’avait lâché le morceau. C’est sûr, il y avait de la thune à prendre et un putain de gros paquet.

L’aspect psychologique est la donnée la plus importante dans ce genre de situation. Largement au dessus de la douleur physique, c’est quand vous trouvez leur point faible et que vous y enfoncez le doigt que vous savez que vous avez gagné. L’homme semblait ne pas en avoir. Les gifles, les coups de pieds dans le ventre, les crachats, les coupures, les injures, rien ne semblait avoir prise sur lui. Sa bobonne n’était pas mieux. Elle m’avait regardé torturer son mari sans éprouver la moindre compassion. A la limite je la soupçonnais d’être plus perturbée par les taches de sang qui allaient souiller irrémédiablement le tapis que par l’état de son mari. A l’inversion des rôles, ce ne fut pas mieux. Lui était surtout plus content de passer son tour et d’avoir quelques minutes pour se retaper qu’inquiet par ce que j’aurais pu faire à sa femme. Le dernier couple était plus jeune. J’avais pu opter pour l’option sévices sexuels, qui lors de victimes bien foutues se révèle être également un plaisir personnel. La vieille avait largement dépassé la date de consommation. La peau flasque et l’abus de petits gâteaux me donnaient l’impression d’être le gardien d’un bassin aquatique accueillant des otaries. Je mettais un point d’honneur à prendre du plaisir dans mon travail. Quand vous devez agir avec dégoût, ce n’est pas la peine d’insister, vous garderez un traumatisme et j’aime profiter d’un sommeil sans cauchemars.
Ces deux lascars allaient m’obliger à fouiller leur baraque pour trouver des éléments pour les faire craquer, à moins que je trouve le coffre-fort pas hasard, ce qui certes n’est pas négligeable mais vous enlève la satisfaction personnelle d’être suffisamment convainquant pour qu’on vous l’indique sans avoir à vous fatiguer.

Le pavillon style nouveau riche n’était pas très grand, mais luxueusement décoré. Un professionnel était passé par ici, développant le potentiel du lieu à son maximum. Je devais reconnaître un goût certain dans l’aménagement et je pris beaucoup de plaisir à parcourir les pièces. Depuis un grand miroir en pied, je pouvais les observer dans l’entrebâillement de la porte. Une autre règle importante dans notre profession est d’être attentif à tout ce que les victimes peuvent faire quand elles pensent que vous les avez délaissées. La peur dans leur regard faisait place à une inquiétude. Craignaient-ils que je revienne et reprenne mon interrogatoire ou bien est-ce parce que je me rapprochais du but de ma visite. Le home-jacking s’apparente à une partie de cache-cache. C’est froid, c’est chaud, ça se refroidit, ha, c’est tiède maintenant !
J’ouvrais des portes, bougeais des objets et observais la réaction de mes hôtes. Le bureau, pièce logique pour l’installation d’un coffre ne semblait pas les émouvoir particulièrement. Quand j’entrai dans le salon, ils penchèrent un peu la tête vers l’avant, sans doute pour essayer de voir ce que je faisais, mais sans une réelle émotion. Ces deux pièces étaient à oublier, en dehors des nombreuses photos déposées sur le meuble et qui me donnèrent quelques indices sur leur point faible. Aucune photo de mariage, aucune photo d’enfants. Rien ne laissait supposer que ce couple en était un, qu’ils s’étaient un jour mariés et reproduits. Seuls des clichés d’elle étaient exposés. Lui n’apparaissait nulle part.
Dans la cuisine je pris une râpe à fromage avant de venir m’installer, les jambes croisées dans le divan face à eux.

- Jolie maison, je leur dis en passant la râpe sur la paume de ma main. Je m’y sens bien, je pourrais y rester des jours entiers. Avec vous bien entendu.

- Je ne sais pas où il cache l’argent, me lâcha-t-elle soudainement. Il n’a jamais voulu me le dire, il ne me donne que quelques euros chaque semaine pour payer la femme de ménage.

- Mais ferme-la ! Tu sais très bien où est l’argent ! Sans compter celui que tu m’as volé et que tu planques je ne sais où depuis des années ! lui cracha-t-il aussi vite.

Alors comme ça, c’était ça leur point faible. Ils ne se supportaient plus, ils se haïssaient profondément, mais aucun n’aurait voulu lâcher le morceau et demander un divorce ou commanditer le meurtre de l’autre.

Règle numéro 3 : être capable de s’adapter à la situation et d’intégrer tout nouvel élément pour obtenir ce que l’on veut.

Combien chacun était-il prêt à donner pour que je le débarrasse de l’autre dans un cambriolage qui aurait mal tourné ? Les enchères pouvaient commencer. Deux mille euros à ma gauche, trois mille euros à ma droite, qui dit mieux ? Cinq mille pour le monsieur en slip vert. Cinq mille cinq cents pour la dame assise dans le fauteuil. Une fois, deux fois, … Six mille euros ! Bravo ! Le crime parfait pour six mille euros ? Dix mille ! Olalala, nos amateurs sont prêts à tout pour remporter la mise ! Adjugé !

Je traînai l’homme jusque dans le bureau et fermai la porte.

- Ecoute moi, me supplia-t-il. J’ai huit mille euros cash, ici dans mon coffre. Il y a des bijoux pour plus de dix mille euros cachés dans la chambre de ma femme, je te donne le tout si tu me laisses la vie sauve et que tu la tues elle.

Le marché était tentant. Je pris quelques secondes pour réfléchir, puis lui donnai mon accord. L’argent d’abord, l’exécution après. Le coffre était planqué derrière le frigo de la cuisine, fallait y penser ! J’enfournai le tout dans un sac spécial congélation. Le sourire du mari se coupa net quand je lui enfonçai le couteau dans le ventre avant d’aller m’occuper de second contrat.

Règle suprême, ne jamais laisser de témoins.
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Re: Epreuve n° : les textes et les photos

Messagede ENDEMOU » 09 Mai 2010, 20:31

Photo 2 :

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Turlupin :

« Debout ! »

J’ouvre péniblement des yeux que la lumière du jour agresse et vois son visage penché au-dessus du mien. J’ai l’impression de le connaître. Un sentiment de déjà-vu. L’esprit trop embrumé je referme les yeux pour retrouver mes rêves. La réalité est trop crue, trop vive et froide.
Une douleur fugace à la bouche m’arrache à ma torpeur. A nouveau la clarté assaille mes yeux alors que mes paupières s’entrouvrent. C’est mon cerveau embrumé tout entier qui est aveuglé. Un goût de fer. J’avance maladroitement une main qui me paraît étrangère jusqu’à mes lèvres. Du sang s’écoule de mes gencives. Je lève les yeux à nouveau et le vois brandir une canne, prêt à frapper à nouveau. Pourquoi s’en prend-il à moi ? Je n’arrive pas à réfléchir. C’est trop dur, je veux juste dormir encore.

« Debout, salopard ! »

Le deuxième coup m’atteint au foie. J’ai l’impression que c’est quelqu’un d’autre que l’on frappe alors qu’une lointaine souffrance se propage dans tout mon côté droit. Je n’ai pas la force de me défendre. Trop compliqué de bouger, d’anticiper. J’essaie de comprendre. Cela demande toute mon énergie. Il lève sa canne une troisième fois et l’abat sur mon cou. Je hoquète sous le choc. Des postillons ensanglantés prennent des trajectoires paraboliques avant de maculer le sol. J’ai soudain l’impression de réintégrer mon corps et la douleur se fait plus vive, presque palpable. J’essaie de me redresser. M’appuie sur les mains. Mes bras sont sans force et je retrouve ma position initiale, allongé sur le béton.

« Je t’avais prévenu, c’était la dernière fois ! »

Son pied trouve mon estomac. J’ai l’impression qu’il le transperce. S’en est trop pour lui. Je régurgite à m’en étouffer. Que du liquide. Cela empeste le whisky bon marché. Je l’entends me cracher dessus alors que je reprends mon souffle. Son portable sonne et il s’éloigne pour répondre. Je profite du répit qui s’offre à moi pour péniblement me relever et m’asseoir dans mes vomissures. J’essaie de me rappeler, d’organiser mes idées. Je n’y arrive pas. Il revient vers moi et m’empoigne par les pans de ma veste.

« Dégage d’ici et ne reviens plus jamais ! »

Sa voix est dure mais familière. Je le reconnais enfin. C’est mon fils. Je ne l’ai jamais vu aussi furieux. Il me traîne hors de son garage jusqu’à la rue où il me jette par terre avant de retourner chez lui. Mon corps entier est endolori mais je me relève, un peu perdu. J’aperçois un banc à une distance qui me paraît raisonnable. Je me dirige vers lui. Claudicant et me tenant le ventre, sans ma canne. Je finis par l’atteindre. Une éternité plus tard. Mes os craquent alors que je m’assieds dessus. L’air est doux. Je sors un mouchoir souillé de ma poche et m’essuie la bouche. Que faisais-je chez mon fils ? Je ferme les yeux alors qu’une brise légère caresse mon visage.
J’ai bu… encore. Beaucoup trop. Et puis je me suis senti seul et j’ai forcé la porte du garage de mon fils. Pas pour le voir, juste pour être près de lui. Et puis je me suis uriné dessus. Surement vu l’état de mes pantalons. Oui c’est ce qui a dû se passer encore une fois. Très certainement. Mais pourquoi ai-je bu cette fois-ci ? Alors qu’un camion passe bruyamment devant moi je me souviens enfin. Yves, mon frère cadet. On l’enterrait ce matin. C’est cela que je voulais oublier. J’y étais presque parvenu. Je regarde par terre puis le vide. J’ai envie de devenir le vide.
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Re: Epreuve n° : les textes et les photos

Messagede ENDEMOU » 09 Mai 2010, 20:32

Photo 3 :

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La marquise de Sade :

No retour

Thibault ne rentrera pas ce soir, je l’ai tué.
Assise derrière mon bureau, je regarde mes collègues s’agiter comme des fourmis sur les dossiers urgents qu’il leur avait confiés. J’aimerais leur dire que ce n’est plus la peine, non, arrêtez, prenez votre temps, plus rien n’est urgent à présent.
Il gît au sous-sol, la gorge tranchée. Ses artères se vident d’un sang noir. Sa bouche hurlante s’est tue dans une grimace, ses grosses mains avides se sont fermées. Mais chacun continue, accroché à sa place, préparant une potentielle promotion qui n’arrivera pas.

Je suis restée de longues minutes assise sur les cartons entreposés au sous-sol, à le regarder lutter contre le dernier soupir, ses yeux suppliaient comme les miens l’avaient fait quelques années auparavant. J’ai enfoncé le couteau plusieurs fois, peut-être dix, peut-être vingt, peut-être autant de fois qu’il m’a prise dans cette pièce lugubre avant de l’essuyer sur son pantalon et de le glisser contre mon ventre. Contre ce ventre qui va s’arrondir dans les mois à venir, se remplir du même sang que celui qui se répand sur le carrelage glacé. La semaine dernière lorsque je lui ai annoncé, il m’a donné 300 euros et m’a dit de trouver un médecin rapidement. Les congés maternité ne sont pas bien vus dans l’entreprise. Virginie s’est retrouvée au placard l’année dernière, avant d’être licenciée pour faute puis ce fut le tour d’Emy. Au bout de quatre ans, j’ai fait mon temps, moi aussi. Le jeu n’est plus excitant, next.

Thibault Armand George Dufresne, 49 ans, ne rentrera pas ce soir retrouver sa femme et ses enfants. Il ne partira pas non plus à la Baule pour le week-end. Un jour je la quitterai pour toi, sois patiente, ce n’est pas facile, sois patiente, suce-moi ma belle, tu es à moi qu'il me disait. J'y ai cru pendant quelques temps, jusqu'à la semaine dernière. On n’échappe pas à un homme comme lui. Les premières fois, on veut se défendre, mais on ne peut pas. On ne résiste pas à M. Dufresne quand il vous caresse l’échine, on la plie, on s’agenouille, on ferme les yeux et puis on s’habitue. Il vous attache au propre comme au figuré. Vous lui appartenez, contractuellement au début, puis physiquement et enfin votre âme lui cède. Il entre en vous, vous impose ses règles, son rythme, ses exigences, ses mensonges et ses promesses. Il dépose des dossiers urgents sur le coin de votre bureau, puis ce sont les sous-entendus de promotion, puis les marques de sympathie. Il vous prend sous son aile, vous entrez dans le cercle des privilégiées, et là, il dépose ses fantasmes sur le coin de votre gueule. Alors vous dites oui, bien Monsieur Dufresne, tout de suite Monsieur Dufresne.

Hier, je suis allée dans son bureau, je lui ai dit que j'avais été chez un médecin, que tout était bon. Il m'a dit qu'il fallait fêter ça. Nous avons été à l'hôtel, il m'a trouvé peu emballée, pas très sexy, pas très bandante, vraiment je ne faisais aucun effort. Il m'a fait l'amour rapidement, sans vrais baisers, sans réelles caresses, juste du sexe, juste de la pornographie. J'ai pleuré quand il a claqué la porte en se rhabillant, et en posant ma main sur mon ventre, j'ai décidé qu'il fallait que ça se termine, définitivement, avant qu'il ne comprenne que je lui ai menti.

Thibault restera le week-end seul à la boîte avant que le concierge ne le trouve lundi matin. Il est 18h, je quitte le bureau. Dans le métro, je pense à mon mari, et à la joie qu'il aura quand il apprendra que je suis enceinte. Moi, je rentre chez moi.
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Re: Epreuve n° : les textes et les photos

Messagede ENDEMOU » 09 Mai 2010, 20:36

Photo 4 :

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Lady :

je participe à un concours ! n'importe quoi ! en plus on ne gagne rien, si ce n'est de se faire ridiculiser en public ...
enfin bon, j'ai reçu la photo du personnage qui doit me servir de trame ! il est beau gosse ! ok, on s'en fout ...
depuis je ne cesse de fredonner cette chanson d'Edith Piaf :
"Il portait des culottes, des bottes de moto
Un blouson de cuir noir avec un aigle sur le dos"
A part ça, rien, rien ne me vient ! j'ai pas spécialement envie de chercher non plus.
malgré tout, moi qui suis une grande admiratrice de Gainsbourg , je me demande pourquoi je ne me suis pas mise en tête la chanson de Brigitte Bardot :
"je ne reconnais plus personne, en Harley Davidson ...." !
alors qu'ils me prennent tous pour une blondasse pétasse sur ce forum !
bref ....ça prouve déja que je ne me prends pas pour une Brigitte Bardot !
il aura fallu cette photo pour que la vérité écate enfin !
Ah oui, on n' est pas là pour parler de moi mais du mec sur la photo, qui n'est même pas sur sa moto ...
Et c'est dans ces moments, la tête pleine de vide que je me dis que je ferais mieux d'être un peu plus à l'écoute de mon mari, moi qui ne le trouve pas "communicant", alors qu'il est féru de moto, qu'il m'en parle autant que moi je lui parle de mes chaussures !!
Je n'aurai même pas le temps d'inviter les copains à la maison pour les écouter narrer des histoires de motards et pouvoir inventer une nouvelle bien géniale à propos de ce gars avec ses bottes de moto !
Néanmoins, pour respecter la consigne un minimum, je décriraiss un peu le mec : assis par terre, il a l'air beau gosse, son sourire en coin, j'aime assez .... il fait genre ténébreux mystérieux comme j'aime ....
Enfin, c'est le souvenir que j'en ai parce que je ne l'ai regardé qu'une fois cette photo !
je sais pas trop à quoi il pense .... peut-être au cul juste devant lui .... ça m'étonnerait pas ....
je pourrais raconter comment il emballe la fille juste devant lui, en supposant que c'est une fille !
je n'en suis meme pas sûre, donc non, je ne le ferai pas.
Oh puis merde, je m'en tape de ce qu'il fait, ce qu'il pense ! allez je balance le texte,
c'est juste histoire de participer, de pas faire ma prétencieuse, pimbêche ....
Je ne compte pas les lignes...
Par contre, je compte bien sur un membre plein de talent et plein d'inspiration forcément, qui, par chance, sera tombé sur cette photo et saura raconter une tranche bien croustillante de la vie de ce gars ....
et à la limite, peut etre même que ce participant me donnera une part de ses votes !
ce serait tout à fait légitime !
alors pourquoi est ce que je me fatiguerais ..... hein ?



Cyrille :

« Minute, on est pas aux pièces ! » protestait Christophe, assis à même le sol, à côté de sa Honda flambant neuve. Cela faisaient à peine quinze minutes qu’ils s’étaient arrêtés sur l’aire de repos, afin de laisser reposer leurs muscles engourdis par la route et leurs moteurs chauffés à blanc par la vitesse, et déjà Thierry ne pensait qu’à retourner avaler les kilomètres. Sept mois qu’ils le planifiaient, leur pèlerinage ! Ils pouvaient bien prendre le temps de savourer leur première pause de la journée après quatre heures de route !

La virée annuelle de la bande s’annonçait prometteuse en cette fin de matinée. Une semaine de congés, un soleil éclatant, un itinéraire soigné aux petits oignons, le boulot et le stress de la ville laissés derrière soi, que demander de plus ? Christophe songeait au fiasco qu’avait été leur précédent périple — il était rentré à Paris au bout de deux heures, anéanti par cette putain de grippe qui s’était déclarée la veille de leur départ — et comptait bien profiter de chaque instant cette fois-ci. Il s’alluma une deuxième Marlboro, se laissa griser par la nicotine affluant à son cerveau en manque après ces longues minutes de trajet, lui qui d’habitude s’en grillait trois ou quatre par heure.

« Allez, Tophe, on bouge » lança son acolyte. Il écrasa sa clope, avala d’un trait le fond de son Thermos de café, mais Thierry avait été plus rapide que lui. Christophe était déjà devancé de plusieurs centaines de mètres lorsqu’il eut fini d’ajuster ses gants et de remettre son casque. Quand il arriva, après quelques kilomètres, à l’embouchure de l’A6 et de l’A40, il pensait bien que son vieux pote aurait ralenti pour l’attendre, mais comme à son habitude Thierry avait foncé bille en tête, connaissant par cœur l’itinéraire, avalant le bitume vers la Côte d’Azur comme il descendait les canettes de Kro du match du samedi soir. Christophe prit alors plein sud et mit les gaz direction Lyon puis Valence, selon les vagues souvenirs qu’il avait de l’itinéraire concocté des mois plus tôt.

Après plus d’une heure à toute allure, le motard n’avait ni aperçu son compagnon, ni reçu le moindre appel de sa part. Thierry avait l’habitude de rouler en solitaire pendant des heures, rien d’étonnant en fin de compte. Mais Christophe avait été saisi d’un doute en apercevant les panneaux de direction, ça n’était pas la route prévue, il se souvenait maintenant devoir passer par Grenoble puis Gap avant de rejoindre l’arrière-pays niçois par les Alpes du Sud. Quand il s’arrêta sur la première aire d’autoroute venue, il comprit la raison du mutisme de Thierry. La batterie de son téléphone avait lâché. « Saloperie d’iPhone », marmonna-t-il, « ça fait tellement de trucs que ça tient même pas la charge plus d’une journée ! » Désormais dépourvu de GPS en plus de téléphone, il se dirigea vers le plan du réseau autoroutier affiché à côté des toilettes, pour se rendre compte de la distance qui le séparait de son itinéraire d’origine. Même si il repartait sur l’instant, il lui faudrait encore deux ou trois bonnes heures avant d’espérer rattraper sa route initiale, sans parler de Thierry qui l’attendait peut-être plus haut sur l’autoroute parallèle.

Christophe s’assit au bord du parking, réfléchissant à ses options. Il ne pouvait pas rejoindre Thierry, il pouvait être n’importe où sur le chemin, d’ailleurs ils auraient dû bientôt sortir de l’autoroute pour emprunter des départementales tortueuses. Il ne pouvait pas l’appeler. D’ailleurs il ne pouvait plus appeler qui que ce soit, tout son répertoire était dans son téléphone, sans batterie donc inaccessible.
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Re: Epreuve n° : les textes et les photos

Messagede ENDEMOU » 09 Mai 2010, 20:39

Photo 5 :

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Patmos :

Ça y est, j’ai reçu la photo par mail.
Putain de putain, c’est un mome ! Ils m’ont refilé un mome. Si c’est pas un mome, il a pas l’air bien vieux en tout cas…Il a pas l’air bien méchant non plus. Il a vingt ans à tout casser le pauvre. Il est pas bien épais. Il a l’air heureux, il sourit. Plus pour longtemps le con.
Il est dans son garage. Non, c’est pas son garage, on dirait un atelier, Il y a plein d’accessoires de vélos, surtout des roues. Tiens, y a même un type derrière avec une chemise à carreaux qui est accroupi sous un vélo d’enfant. Ça se trouve c’est lui l’enculé.
Tiens, c’est vrai qu’il ressemble à Eddy Merckx le mome, c’est peut-être son fils. Ou plutôt un de ses fils cachés qu’il aurait eu lors d’une étape du tour de France entre Bourg les Valence et Sisteron. Eddy Merckx ! Putain Eddie Merckx ! Il a rien d’autre de mieux à foutre ce con, à son âge. Quel âge il peut bien avoir Eddy Merckx ? Plus de soixante ans. Qu’est-ce que ça peut lui faire maintenant, il y a prescription. Bon, c’est peut-être pas ça, mais c’est vrai qu’il lui ressemble.
Qu’est-ce que ce mome a bien pu faire ? Ça a plutôt l’air d’être le genre sans histoire. Pas le genre à tuer toute sa famille à la machette un soir de pleine lune ou d’aller exterminer tout son lycée à la kalachnikov ou à la pompe à vélo.
Non, le gentil garçon pépère. Qui est passionné de vélo, qui connaît tous les vainqueurs du tour de France depuis Petit-Breton. Le genre de gars chiant. Le seul truc marrant qu’il pourrait lui arriver, c’est qu’une petite vieille en auto fasse un strike avec lui et tous ses potes en short moulant et en maillot fluo FD JEU PMU. C’est vrai qu’ils sont chiants les troupeaux de forçats de la route avec leurs jambes rasées pour gagner des millièmes qui pensent que toute la route leur appartient. Tiens rien que pour ça…
Quels secrets inavouables a ce mome ? Qui a-t-il arnaqué ? Il a pas la gueule d’un trader. Qui peut-il bien déranger ? Qu'a-t-il bien pu voir qu'il aurait pas dû ? Fait chier ! J’en ai rien à foutre. J’en ai rien à foutre de sa vie de con. Faut que j’arrête avec ça. Je suis trop sensible, c’est ce que me dit ma mère, toi mon fils tu es trop sensible, tu ferais pas de mal à une mouche, et c’est vrai, j’ai jamais fait de mal à une mouche, je leur ai jamais arraché des pattes ou les ailes comme les autres gosses.
J’aime pas faire souffrir gratuitement.
Alors le pourquoi du comment, c’est pas mon problème. Ça ne m’intéresse pas. Faut que j’arrête de détailler comme ça les photos qu’on m’envoie, je suis pas là pour écrire une nouvelle sur ces types, je suis pas payé pour ça, je suis pas payé pour penser, je suis payé pour tuer.
Il habite où ce con ?
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Re: Epreuve n° : les textes et les photos

Messagede ENDEMOU » 09 Mai 2010, 20:42

Photo 6 :

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Baldr :

Cachemire

Je suis arrivé à Srinagar en décembre 2009, j'avais réservé 2 semaines au Welcome Hotel, prix abordable, seulement 2000 € la nuitée.
Champion d'échecs, j'étais venu disputer une partie "amicale" contre Anand. J'allais recevoir 100,000 euros pour perdre au 22e trait. Nous sommes loin du million qu'empoche le vainqueur du championnat mondial.
J'avais gagné contre Bruno à Berne en octobre et là, ce petit jeu se déroulait dans la Suisse de l'Asie.
Le public adore ces matchs, les preneurs aux livres se font des couilles d'or...
Chacun son tour et roule le bizness.

Je blague, aucun match n'est truqué.

Le Tigre de Madras contre Le Sacrificateur de Dame, ça attire. Je porte ce surnom de Sacrificateur de Dame depuis ma virtuosité avec le coup de Marshall. Ça en jette, c'est mon job d'en mettre plein la vue, vlan dans la dame !

J'ai affronté un grand maître lors de ce voyage, le diable !
Je sais anticiper, voir plusieurs coups d'avance ... le diable ricane.

Comme d'habitude, j'ai commencé par un tour de ville, pour le plaisir des pièges à touristes, je suis joueur.
Le cerveau bien éclaté, je suis entré chez un vendeur de châles de pashmînâ. Ce truc hors de prix fait fondre les nanas, on m'avait dit que je trouverais là les plus beaux.

Le boutiquier était accroupi derrière un présentoir, il m'a regardé.
Je le salue.

- ohhh, quelle surprise !
- Vous parlez français !
- Oui, j'ai fait mes études en France
- Vous savez qui je suis ?
- Non
- Ah ! Pourquoi cette surprise alors ?
- Vos yeux !

J'ai les yeux turquoise, je dois dire que je fais assez de ravages avec un clin d'oeil, mais c'est une autre histoire...

- Quoi mes yeux ?
- La couleur est d'une telle rareté, je paierais une fortune pour avoir des châles de cette couleur.
- Vous utilisez de la teinture, non ?
- Jamais ! Toutes nos laines sont de couleurs naturelles !
- Je tends la main vers les châles. Vous voulez me faire croire que la laine pousse de ces couleurs sur les chèvres ?
- Bien sûr que oui !
- Impossible, allons donc !
- Je vous dis que nos laines sont de couleurs naturelles !

Le plancher s'est dérobé sous moi et je suis tombé dans une cave, j'ai repris connaissance, ligoté sur une poutre et j'étais nu.

Le petit mec me regardait.

- ah ah ah ah ah ah
Ça va monsieur le Sacrificateur de Dame ?

J'avais déjà entendu ce genre de rire démoniaque. Un taré qui demeure près de chez moi dans la Haute-Garonne. Il donne dans les messes noires, des conneries pour psychopathes.

- Vous me connaissez !

- ah ah ah ah ah
Évidemment, vous faites la une de tous les journaux et mon frère est portier au Welcome Hotel.

C'est lui qui m'avait recommandé la boutique.

Je vis qu'il tenait une chèvre par la corne.

- J'étais directeur de la recherche en génétique au CNRS. Ils m'ont viré sous prétexte de mes expérimentations avec des cobayes humains. Les cons !
Vous allez comprendre pourquoi la laine de mes chèvres est de couleur naturelle.
ah ah ah ah ah ah

Il m'explique avec force détails comment la phaéomélanine et l'eumélanine interviennent génétiquement.
Il est en transe quand il m'annonce les variations phénotypiques relatives à la couleur des yeux.
La chèvre me regarde avec lubricité au moment où il en est à décrire son procédé alchimique du stroma qui donnera le turquoise à la laine de la bestiole.

- Vous rigolez, impossible ! À la limite, par clonage et encore.

- Si impossible n'est pas Français, ce n'est certainement pas Indien.
Vous allez engrosser cette chèvre ou je vous tue. Lentement et douloureusement. Très douloureusement et je vais aller chercher vos spermatos à la source.

- Comment voulez-vous que je parvienne à bander ?

Je me sentais comme le Roza Bal (date d'érection inconnue).

La porte s'ouvre et une beauté comme j'en avais jamais vu entre, elle porte un voile transparent, elle est visiblement nue. Elle s'approche en ondulant, se met à genoux et me taille une pipe.

- Ben voilà, le Sacrificateur de Dame me semble tout à fait prêt.

Il approche la chèvre, croupe en position.

- Au boulot !

Je débande.

La nana se place à côté de la chèvre dans la même position.

Je bande

Il me place un foulard sur les yeux.

Je sens les mains de la fille me tripoter.

- Au boulot !

Je me suis mis au boulot et quand la besogne fut terminée, le foulard enlevé, plus de chèvre, seulement l'enfoiré et sa salope.

- Échec ! Vous ne pensiez pas que je vous ferais limer une chèvre quand même, c'était pour rigoler, un pari avec mon frère. Je suis joueur.

- Je savais, j'avais anticipé. N'empêche, vous êtes complètement siphonné !

- ah ah ah ah ah

Il me donne mes fringues.

- Allez, barrez-vous, vous avez un match demain.

Ils sortent et laissent la porte ouverte.

Je suis retourné en France le soir même et n'ai plus retouché un pion depuis.

cette semaine, j'ai reçu une enveloppe par la poste, le jour de mon anniversaire.
La photo d'un chevreau à la laine turquoise.
Au dos, sous un "ah ah ah ah ah" c'est écrit "Je l'ai appelé Queen. Et mat !"

.


Moufette :

- Vous comprenez je n’y peux rien moi si je suis perfectionniste ! Elsa a toujours été parfaite, aussi intelligente que belle, c’est grâce à elle que j’ai gagné tous mes concours. On ne compte plus les portables, grilles pains et sèches cheveux à la maison mais dans le fond, c’était pas important. Il fallait juste que nous continuions à être complémentaires. COMPLEMENTAIRES ! Vous comprenez ?
Je lui ai dit moi quand nous nous sommes mariés : « je veux une union parfaite, nous ne ferons qu’un ma chérie ». Trois ans de collaboration étroite, trois ans de réussites constantes, trois ans d’amour total ! Elle est tellement douée, n’importe quel sujet lui convient. Je lui laisse deux jours pendant que je vais bosser et hop, le tour est joué, elle me livre le tout. Putain ! Je l’adore, elle a du style vous savez !

- Venez en aux faits, s’il vous plaît.

- Les faits ??…… Ah oui, les faits. Ben, c’est cette saloperie de photo vous voyez. Je lui ai donnée, comme d’habitude. Y avait une shampouineuse à gagner.

- Alors, pour une shampouineuse vous….

- J’AI QUOI !! Mais vous ne comprenez rien vous ! J’en ai rien à foutre de la shampouineuse, je gagne, vous comprenez, moi, je GAGNE ! Elsa et moi, on gagne ! ……..Quand elle m’a tendu sa feuille, ça m’a tué, mon pauvre cœur n’a fait qu’un tour. J’attendais un texte moi mais non, rien. Rien qu’une saloperie de schéma narratif ! HA HA HA HA HA ! Un schéma narratif. Elsa qui me donne un schéma narratif ! Y a de quoi rêver.

- C’était cela ?

- Oui. Oui. Je reconnais l’écriture de notre imprimante. ah ah ah ! J'ai tellement d'humour. ça vous fait pas rire ?

- Vous pouvez me le lire ?

- Oui, bien sûr :

«Saïd, villageois arabe proche du désert. Fils de Mohamed Benyoussef, intégriste forcené comme son père. Grand-mère d’origine Afghane immolée devant sa fille pour avoir sculpté dans la glaise un imam à genou. Saïd ouvert aux Lumières par son oncle Farid, universitaire en Europe. Rêve de l’Europe mais ne peut y aller, choisit de rester dans son village, trop attaché à sa mère, traumatisée et soumise. Epouse une fille du village et donne plus tard sa deuxième fille de six ans, la plus intelligente, à son oncle dont la femme est stérile. Ne la reverra que 15 ans plus tard car elle ne lui a jamais pardonné de l’avoir « vendue » (selon ses dires). Oncle ne pouvait venir le voir, condamné par l’imam du village pour avoir donné à lire du Voltaire à son neveu. Saîd attend sa fille et lui prépare tous les honneurs. Il voit arriver une bourca, noire comme un corbeau et ne reconnaît que les yeux verts d’une Afghane.

- Vous pleurez ?

- Oui. Pourquoi y a rien sur le magasin de tissus ? Normalement, il a un magasin de tissus ! On le voit dans un magasin de tissus sur la photo. Pourquoi elle a raconté une histoire que a lieu dans un village, hein ? Pourquoi ? Y a pas de magasins de tissus dans les villages. En plus, elle l’a même pas rédigée. Pff ! Je la reconnais plus.

- Alors, qu’avez-vous fait ?

- Quoi, ce que j’ai fait ! ….Je ne sais pas….. Je ne sais pas. Elle est tellement méconnaissable. Je ne la reconnais plus.

- Mais si voyons vous savez !

- NON ! JE - NE - SAIS - PAS !

- Ah oui ! Vous ne savez pas ! He bien, moi, je vais vous le dire ce que vous avez fait ! Vous êtes allé dans le cellier, vous avez pris une hache et vous l’avez fendue en deux votre femme ! EN DEUX ! Comme une bûche !!

- Ah.

- C’est tout ce que vous avez à me dire ?!

- …… Je ne la reconnais plus. On était tellement parfaits. On ne faisait qu’un.
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Re: Epreuve n° : les textes et les photos

Messagede ENDEMOU » 09 Mai 2010, 20:45

Photo 7 :

Image


Mel :

Mon haleine a trop l'odeur du caramel pour être honnête mais tant pis, je vais essayer. On va bien voir si la ville est "dangereuse et méchante", comme on dit d'où je viens. La cigarette que j'ai prise à Tito va enfin me servir, comme ce conseil de ma grand-mère, il faut se mordre et se pincer pour avoir les lèvres et les joues rouges, le maquillage c'est pour les prostituées, ma chérie. Mordons et pinçons donc, puisque le résultat est le même. Et puis tiens, la douleur, ça donne les yeux brillants et l'air tragique.

L'endroit n'est pas très passant, surtout à cette heure, mais il fera l'affaire. Je m'adosse à un mur en pierre, cache un peu mon visage avec mes cheveux, ma cigarette éteinte à la bouche, et attends. Je pourrais avoir peur, me demander une énième fois ce que je fais là... même pas. Néant. Mis à part l'ennui, je n'ai jamais rien ressenti.
Des émotions, c'est ce que je viens chercher en pleine nuit dans une petite rue. Cœur accéléré, sang battant aux tempes, sol vacillant, tripes en nœud, moiteur, tremblement... toutes ces manifestations physiques qu'on attribue à la peur. Ou à l'amour. Enfin, c'est la littérature qui le dit.
J'aurais plutôt tendance à les associer à mes indigestions.

Un type s'engage dans la rue. Ses pas font un son précis, affairé. Sous la lumière vaguement nauséeuse des lampadaires, il a l'air d'avoir les cheveux gris et porte une longue veste beige. Il ressemble un peu à l'homme à l'aspect très soigné qui m'assassine sans mot dire dans mes rêves, presque toutes les nuits. Ça s'annonce bien.
Il ne m'a pas remarquée. Je le laisse me dépasser de quelques pas. Un, deux. Maintenant.

"- Bonsoir Monsieur. Vous auriez du feu, s'il vous plaît ?

-Pardon ?"

Lorsqu'il s'est retourné, ses yeux ont eu le même éclat d'acier que le type de mes rêves. J'ai attendu les fourmillements au bout de mes doigts, mais rien.

"-Du feu, s'il vous plaît."

Il fouille dans sa poche. Ses cheveux bien peignés ont un mouvement presque comique lorsqu'il baisse la tête.

"- Dites, vous n'êtes pas un peu jeune pour fumer ? Et pour traîner dans la rue à cette heure ?

- Ça vous regarde ?"

Je m'approche, saisis son briquet, l'allume et abrite la flamme avec ma main. Rien ne la trouble. Rien ne la dérange.

"- Non mais, vous cherchez à vous faire ramasser par n'importe qui ?

- Peut-être bien. Il paraît qu'il y a des rencontres intéressantes et ... intéressées à faire. Mais vous avez l'air bien trop normé pour ça, Monsieur.

-Vous en êtes certaine ?"

Il attrape ma main et me tire à lui. La boucle de sa ceinture cogne le creux de ma taille. Le briquet encore chaud, prisonnier dans mon poing, me brûle la paume. Son regard ne me lâche plus, son souffle a un goût d'homme, d'adulte, et fait vibrer la mèche de cheveux sur mon front. Un goût d'homme bien plus prégnant que la brûlure dans ma main, et qui semble toucher quelque chose, dans mon ventre.

"- Je crains que vous n'ayez choisi la mauvaise soirée pour jouer à vous faire peur, Mademoiselle. Il n'y a personne dans les rues : les jeunes zonards et les vieux avinés sont tous chez eux à regarder le match de football. Vous feriez mieux de faire comme moi, rentrez chez vous."

Il me lâche en m'arrachant le briquet des doigts, se retourne, puis disparaît.

Mon haleine a décidément trop l'odeur du caramel. Il m'aurait peut-être presque prise au sérieux si elle avait senti l'alcool ou le tabac ... dire que je n'ai même pas réussi à allumer cette fichue cigarette.

J'aurais mieux fait de lécher des cailloux, de ne pas rentrer prendre ma veste et de marcher, marcher bras nus dans le froid, en sortant des cours. Pour me rappeler que je suis au moins tiède. J'aurais songé à cette odeur d'eau et de camphre, celle de la rivière et des tanaisies, là-bas. Ici, glycine et bitume refroidissant emportent tout et vraiment, il faut que j'arrête le caramel, j'ai la pensée saturée. Ces goûts trop forts qui me bouffent et me font disparaître sous la ville et son ennui ...
Tant pis, encore un jour plat et ordinaire. Je les aligne. Rien ne les marque, rien ne différencie l'un plus que l'autre.
Est-ce que les gens se souviennent du temps qu'il faisait le jour où leur équipe préférée a gagné ? C'est peut-être ça, l'enthousiasme.

Avec quelques efforts je retrouverai sûrement cette vieille idée m'assurant que le vide est un luxe et un confort sans pareil.

Mieloup :

Il y a des nuits.

Il y a des nuits comme ça ou je n'aurais jamais du prendre cette ruelle.
Pourtant, la soirée avait bien commencé, entre personnes de bonnes convenances à se refaire la société, notre société, forcément celle qui devait changer l'avenir, surtout le notre, surtout le mien. A la 6ème bière pression, il va de soi, j'avais décidé d'abandonner cette compagnie exubérante et tapageuse pour retrouver enfin le calme de l'extérieur. Une légère bruine rafraichissait l'atmosphère, j'étais bien et mes pensées vagabondaient entre les lampadaires, une nuit comme j'aurai du les aimer. Mais le destin se montre impitoyable pour les hommes de grande solitude qui errent dans ces terribles mégalopoles.
Je ne sais pas pourquoi, j'ai tourné dans cette rue et je suis tombé sur elle.
Elle était là, triste comme le mur où elle était adossée, à fumer sa putain de jeunesse. Elle avait quoi, à peine seize ans et toute l'insolence de la garce qui fait ça plus par haine que par nécessité. Ses grands yeux noirs semblaient déjà perdus, il n'y avait rien à attendre ni à espérer, juste subir et se faire payer sans un mot, sans un regard. Et l'amour dans tout ça ? A quoi bon, il n'y en avait pas, il n'y en aurait pas. Baise moi, connard, comme une chienne et n'oublie pas de banquer.
Et j'étais là, et je la regardais, et je ne disais rien.
Puis, enfin, elle daigna me regarder avec toute la suffisance que mon aspect lui inspirait. Une moue dubitative puis dans un soupir - tu viens ?
Alors, je l'ai suivi le long de ce mur mal éclairé, elle dandinait outrageusement des hanches comme si cela devait m'exciter encore plus. Elle poussa une porte rouillée, sur une pièce infâme qui sentait l'urine . Dans la pénombre, un matelas sordide, jeté au sol, attendait l'innommable.
Je repensais à cette femme amoureuse qui m'attendait comme tout les soirs, à mes enfants sagement couchés que je n'oublierais pas d'embrasser en rentrant, je repensais à ces conversations enflammées sur la tolérance, sur la compassion , sur le pardon. Je ne croyais pas en dieu ni à la miséricorde.
Elle me regarda une dernière fois, baissa son collant sur ses genoux, se retourna puis se mit à quatre pattes et, vulgairement, releva sa jupe noire, elle n'avait pas de culotte mais cela n'avait plus d'importance.
Comment pouvait elle savoir ?
Alors, je me suis approché, me suis penché sur elle et j'ai mis mes mains sur son cou et j'ai serré, serré comme tant de fois, sans jamais relâcher l'étreinte.
Elle ne s'est pas débattue longtemps, elle n'a pas eu le temps de comprendre, c'était mieux ainsi.
Maintenant, son corps sans vie trainait comme une poupée cassée sur l'horrible matelas, je la trouvais presque jolie mais, en fait, je n'éprouvais rien.
Comme si son passé, son entourage aurait pu avoir une quelconque importance dans le monde de démons où j'évoluais. Je n'étais qu'un prédateur de plus, une erreur de la nature et il était bien assez tôt pour que la société me retrouve et me fasse payer.
En refermant consciencieusement la porte rouillée derrière moi, je retrouvais la fraicheur de la ruelle. Je croisais deux ou trois ombres sans visage qui semblait chercher à accrocher un vague regard.
J'allongeais le pas, sourire aux lèvres, la chaleur du foyer m'attendait et j'étais heureux de retrouver la vie.
J'avais un avantage incroyable, il y avait bien longtemps que l'on m'avait jugé...

Pierre_b :

Mélina

Il l’avait suivi jusqu’à la rue des Carmes, là il s’était immobilisé, à l’angle, à cause des lampadaires.
Il hésitait à s’aventurer plus loin , se demandait un instant si on pouvait le reconnaître puis l’instant d’après se disait que dans ce coin personne ne le connaissait.
Elle s’était arrêtée sous le quatrième, appuyée au mur de briques, elle allumait une clope. Mélina n’avait pas tout à fait seize ans, il ne comprenait pas qu’on puisse fumer à cet âge là. Mais il ne comprenait pas davantage qu’elle puisse s’habiller ainsi, une robe très courte et moulante en laine noire sous un blouson molletonné de nylon blanc, des collants épais et des bottines de cuir noir, elle devait le faire exprès pour qu’on remarque moins qu’elle était jolie. A moins que la mode soit à cet accoutrement… Il ne savait rien de la mode, sauf quand elle lui permettait de voir davantage de chair sans que personne n’y voit rien à redire et surtout pas ces merdeuses.

Je me suis arrêtée là pour être bien dans la lumière, mais putain y’en a quand même pas beaucoup ! Il me colle aux fesses depuis que je suis sortie de chez Hugo ce type ! J’ai la trouille, je vais appeler Clément, il ne doit pas être arrivé chez lui encore et ce n’est qu’à trois cent ou quatre cent mètres. Voilà je lance l’appel…ça sonne.
« Clément ! Tu peux me rejoindre s’il te plaît ! Y’a un mec qui me suit je suis dans la rue des Carmes … ok t’es sympa, grouille-toi ! »
Ils s’étaient tous bien marré ce soir, la fête s’était hyper bien passée et elle avait craqué encore plus pour Clément et puis il avait 18 ans…
Le type ne bougeait pas, il la matait, ce gros porc ! Faut que j’allume une tige, histoire de me donner du courage….Clément magne toi !

Après s’être arrêtée elle avait téléphoné, il fallait qu’il parte, elle avait dû appeler quelqu’un à la rescousse, s’était toujours pareil, elles avaient peur ! Alors qu’il n’en avait jamais touché aucune ! Il s’en approchait le plus possible, parfois même quand il voyait que ça les excitait ces garces, il restait à moins d’un mètre derrière elles, à regarder leurs petits culs onduler devant ses yeux. Et il fallait pas lui dire qu’elles n’aimait pas être regardées ! Sinon elles ne se seraient pas dandinées comme ça devant lui !
Heureusement qu’il n’avait pas eu de filles ! Sylvain, son fils de treize ans avait le caractère de sa mère. Pauvre Patou, ça faisait sept ans qu’elle était morte. Toutes les femmes devraient lui ressembler ! Au lieu de ça les filles s’habillaient toutes comme cette greluche, avec la clope au bec, dans une robe trop courte ou avec des strings dépassant du pantalon moulant !

« C’est pas vrai il a pris le chemin le plus long ! ! qu’est-ce qu’il fout ! ! » Mélina tirait nerveusement de longues bouffées rapprochées. Encore trois et elle arriverait au bout.
C’est quand elle senti qu’elle allait se brûler qu’elle entendit quelqu’un arriver en courant. Elle leva les yeux vers le croisement, le type n’y était plus, et la silhouette de Clément se découpait dans les halos. En quelque seconde il fut près d’elle.
- Alors qu’est-ce qui t’arrive ?
- Y’avait un homme qui me suivait, il s’est arrêté au carrefour, dans le noir. Je suis restée là sous la lumière pour t’appeler… J’ai eu vraiment la pétoche ! Il me suit depuis chez Hugo !
- Comment était-il ? Je ne l’ai pas vu.
- Je ne sais pas, je n’ai pas osé le regarder fixement ! T’es vraiment sympa d’être venu. Tu peux m’accompagner chez moi ?
- Bien sûr, j’aurais même dû te le proposer avant de partir
- Et je n’aurais pas refusé… répondit Mélina en passant un bras autour de la taille de Clément et en inclinant la tête vers son épaule.
Elle sentit son souffle chaud dans ses cheveux. Yavait-il vraiment eu un type… ?
- Mélina, c’est bien que tu aies eu peur
- T’es gonflé, répondit-elle d’une voix voilée.
Il ne put s’empêcher de penser que d’un certain point de vue elle n’avait pas tort et qu’elle l’avait peut-être remarqué… il rougit dans le noir, elle ne le vit pas, il ne voulait pas brusquer les choses.

.


Soom :

Génération X/Y


Limoges - Mai 1993 - 22h48
Charlène est née en 1979. Charlène a treize ans, bientôt quatorze. Et elle s’emmerde. Alors elle fume.
À 22h49, rue de l’Ancienne Prison, une voiture s’avance en première et s’arrête. La vitre côté passager s’abaisse, Charlène écrase sa cigarette, et un homme la quarantaine, demande :

- « Tu t’appelles comment ? »

Ilona, Tania, Lola, Eva, Maéva, Fiona, Lana, Jenna… Charlène se demande qu’elle prénom stupide elle va encore pouvoir sortir cette fois.

- « Donna » répond Charlène en tirant une longue bouffée sur sa Lucky Strike.

L’homme lui demande combien et Charlène répond que ça dépend ce qu’il veut. Pendant ce temps elle range son walkman. L’homme bredouille tout penaud qu’il veut juste une fellation. Charlène lui répond 50 balles, et elle monte dans la voiture.

- « Je peux mettre une cassette ? » demande-t-elle.

- « Ou… oui, bien-sûr. » répond le quadra, et Charlène sort de son sac une cassette de Dinosaur Jr.

Les premières notes de guitare de Not the same déchirent l’habitacle comme des lames de rasoir. C’est comme une grande tristesse qui s’engouffre dans la voiture, et les recouvre entièrement, murés dans un silence gelé, froid et dur comme la glace. Charlène le déteste un peu… mais pas trop. L’homme se sent plutôt mal à l’aise et franchement honteux, il se demande l’âge qu’elle a et ne veut pas vraiment faire ça. Pourtant ils le feront, dans quelques minutes à peine.

Hier Charlène a acheté un album de rap, son premier, Black Sunday de Cypress Hill, et quand elle l’a écouté chez Mathieu avec Benjamin et Marc c’était comme si de l’azote liquide s’était répandu en elle, un peu comme les album de sonic youth mais en plus acide. Un pétard tournait pendant qu’ils écoutaient l’album, mais il ne s’est rien passé. Lui, hier, il avait acheté le nouvel album de Souchon, en vinyle, et aujourd’hui tous ses collègues s’étaient foutu de lui. Il était bien le seul à ne pas avoir de lecteur CD…
Dans la soirée, elle avait presque fumé un paquet de Lucky en attendant Lucie devant le cinéma. Elles étaient allées voir Twin Peaks : Fire walk with me. Lucie n’avait pas aimé, Charlène n’avait rien compris mais elle assurait avoir trouvé ça méga-giga-hyper génial. Lui il avait regardé "Sébastien c’est fou" en enchaînant les Heineken.

A la télé on ne parle que de Sida. Il y a quelques jours, le premier ministre s’est fait sauter la cervelle, il y a le sang contaminé, la pédophilie déjà, et le nuage de Tchernobyl dont les retombées n‘ont pas fini de nous étonner, les givrés de Waco se sont fait massacrer, l’URSS continue d’imploser en douceur, et un petit groupe de grunge américain braille son désespoir sur les ondes…
Dans la voiture, tout les sépare. Charlène finit par briser le silence en demandant son prénom à l’homme qui l’emmène.

- « Jean-Marie… mais j’ai rien à voir avec l’autre. »

Jean-Marie répond par automatisme. Il dit ça à chaque fois. Son prénom lui pèse énormément depuis quelques temps.
Jean-Marie s’est engouffré dans un quartier résidentiel à sens unique avant de se garer sur une place de parking à demi-protégée par un arbre et des buissons rouges. Charlène dégrafe son pantalon et donne quelques coup de langue histoire d’encourager l’érection. Elle pense aux disques qu’elle pourra s’acheter et au piercing qu’elle compte se faire au plus vite.
Jean-Marie jouit plus vite qu’il ne l’aurait voulu. Sans savoir pourquoi il s’excuse, ce qui intérieurement fait plutôt rire Charlène mais elle joue le jeu, et le réconforte en l’assurant que ce n’est pas grave, qu’il fera mieux la prochaine, que la première fois, ça arrive souvent, la peur, l’excitation, tout ça…
Finalement, c’est de l’argent vite et facilement gagné, Charlène connait déjà tout cela par cœur, mais ce que Jean-Marie lui demande, ça elle ne l’avait pas prévu.

- « Tu ne devrais pas faire ça, Donna.»

Elle se dit que Merde, ça serait bien chiant qu’il lui tape la morale après avoir profité d’elle…

- « J’m’appelle Charlène. »

Le chanteur de Dinosaur Jr. pleure son Going Home comme un écorché de Clive Barker, et Charlène refoule avec bien des difficultés les larmes qui s’accumulent sous ses paupières maquillées.

- « Allez, si tu veux bien, on va au MacDo. Je te paie un milkshake. »

Sous la lumière des néons d’un vilain MacDo de province, Charlène boit son milkshake. Jean-Marie ne lui fera pas la morale, et pendant qu’elle boit, il la regarde, puis il l’écoute parler. Elle parle de ses parents, profs de physique et d’anglais, qui ne comprennent rien. Elle lui dit que de toute façon le monde est foutu, mais ça il ne le comprendra pas. Il la ramènera à quelques dizaines de mètres de chez elle, une heure plus tard.

Jean Marie trouvera la mort 10 ans plus tard, en compagnie d’une prostituée, ils mourront dans les bras l’un de l’autre sous les coups de couteau d’un proxénète qui abusait du crack.
Charlène continuera de se prostituer occasionnellement, par habitude, jusqu’à ce qu’elle finisse des études de psycho qui ne lui donneront pas de boulot aussitôt, mais elle rencontrera un gentil garçon futur prof de philo, et elle finira par trouver un poste de conseillère pédagogique en collège en 2008.
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Re: Epreuve n° : les textes et les photos

Messagede ENDEMOU » 09 Mai 2010, 20:46

Photo 8 :

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Remo :

- Des conneries frangine, tout ça c'est des conneries ! Ton gars vaut pas tripette, un binoclard de chez Gazout le cul vissé derrière un bureau à aligner des chiffres toute la journée, ça peut pas te faire un mari !

Perrine continuait de souffler machinalement sur sa tasse de café, elle n'écoutait pas vraiment son frère, elle s'imaginait la maison avec le bout de jardin, le chien et ...

- Ahah ! Tu m'feras pas avaler que ce jobard serait en plus capable de te faire des lardons, avec sa gueule de cul j'imagine celle des n'veux.

- Ah, laisse-là tranquille Paulo, moi j'pense que ce gars sera un bon parti, ça doit bien payer chez Gazout, y a Martin qui y bosse et y m'a dit que là-bas ils avaient des primes du 13ème mois et des tickets restaurants.

Suzie, la soeur de Perrine, avait toujours eu tous les garçons qu'elle voulait, des cheveux blonds, des yeux bleus et une poitrine opulente avaient grandement facilité cet état de faits et, même si elle n'était pas forcément de très bons conseil en ce qui concernait le bonheur conjugal, son assentiment était rassurant pour Perrine. Mais comment faisait Suzie pour garder cette ligne en s'empiffrant comme ça de crème de marron ?

- Ouais ben moi je vois que la frangine elle va surtout ce faire chier si tu veux mon avis. Paulo tartinait des tranches de baguette, ne s'arrêtant que pour faire tourner son couteau pour appuyer ses paroles. Si tu veux le gars va peut-être lui ramener le pognon mais pour les questions sanitaires je suis pas persuadé que son diplôme de comptable lui soit d'une grande utilité.

Suzie ne pu s'empécher de sourire.

- T'es trop con Paulo, c'est vrai que toi question radada t'es le roi !

- Ahah ! T'as de la chance d'être ma frangine parce que crois-moi qu't'aurais du mal à t'asseoir si tu vérifiais ça !

Suzie replongea sa cuillère dans le pot de crème de marron puis la réenfourna dans sa bouche, Paulo reposa son couteau sur la table et commença à croquer dans ses tartines, Perrine soufflait toujours sur son café. Par la fenêtre ouverte, on entendait les roucoulements de pigeons lubriques s'accorder aux cliquetis de leurs pattes sur les tôles en zinc des toits voisins, une voiture klaxonna dans le brouhaha quotidien de la ville. Et ce bruit sourd , régulier comme un tambour, qui traversait l'appartement .

- Et celui qui bosse comme mécano à Prop'Auto ? V'là un mec bien, costaud, et pas une tronche d'asticot.

- T'as vu ses mains Paulo ? Un vrai cradot ... Non, Perrine mérite mieux que ça ... Celui du Café du Centre ...
- Le vieil Aristo ?
- Il est pas si vieux que ça, et il parait qu'il a vécu un temps en Afrique.

Perrine imaginait ce que pouvait être l'intérieur d'une résidence bourgeoise, le canapé en rotin et les masques nègres entre les trophés de safari. Toujours le bruit comme un tam-tam.

Paulo claqua sa main sur la table.
- Bon, va falloir se décider les frangines parce que c'est pas tout ça mais les prétendants s'impatientent.

Boum, Boum, Boum, tempo régulier sillonnant les murs.

Le regard de Paulo passa de Perrine à Suzie ...
- Alors ?
Bon, je vois, c'est pas encore pour cette fois, Bordel, c'est pas possible d'avoir une mijorée pareil à la maison, va falloir que tu te fixes frangine (il se rapproche de Perrine) parce que moi je commence à en avoir ma claque de faire le bon samaritain pour des prunes ...

Boum BOum Boum

- Oh putain !!! OUI ! Vous impatientez pas les mignons, j'arrive !
Il se penche à nouveau vers Perrine
- Toujours rien ?
Bon, ça va pour cette fois mais c'est la dernière frangine, tu te contenteras d'un de la prochaine fournée où de rien.

Paulo se tourne vers un placard qu'il ouvre, il en sort un tablier qu'il enfile, puis prend un couteau à la lame gigantesque.

- J'en ai marre de ramener ces blaireaux à la maison, ils se pissent dessus que c'est une infection, et c'est bibi qui doit nettoyer,et c'est encore moi qui me coltinent le transport jusqu'au chantier, ça peut plus durer Frangine, les gens vont finir par se douter.

Boum Boum Boum

- T'entend ! Y en a un qu'a réussit à se détacher, les voisins vont encore gueuler.

Paulo soupira en regardant sa soeur, Perrine avala son café.
- J'ai jamais demandé à me marier.
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Re: Epreuve n° : les textes et les photos

Messagede ENDEMOU » 09 Mai 2010, 20:50

Photo 10 :

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Croisic :

Elles sont laides ces fleurs. Elles sont déjà fanées… comme moi.
Non, je ne sais pas depuis combien de temps j’habite ici, j’ai oublié.
Pourquoi cette question ? Je ne vous connais pas.
Je ne veux pas être prise en photo.
Personne ne vient me voir, que me voulez-vous ?


Madame Glenisson, regardez-moi, je suis là pour… je vous en prie, regardez-moi !
Je vous ai envoyé ces fleurs la semaine dernière avec une lettre. L’avez-vous lue ?
Oui, votre mutisme m’indique que vous l’avez lue. Alors… J’ai besoin d’une réponse, une seule et je vous laisserai.

Si je regarde longuement la rue, je n’aurais rien entendu, je suis seule devant ma fenêtre,
personne ne vient me voir depuis si longtemps.
Pourquoi crie-t-elle maintenant ? Je ne suis pas sourde pourtant.
Bien sûr que je l’ai lue sa lettre. Mais il est trop tard.


Je sais que vous pensez qu’il est trop tard.
Je viens de si loin pour vous voir. Puis-je m’asseoir ?

Elle peut s’asseoir, se coucher par terre, continuer à crier, je m’en fous !
Ma vie est ailleurs… elle se termine en fait, en ce moment, c’est étrange, je ne ressens rien,
j’ai à la fois tellement craint et souhaité ce jour, je l’ai tellement vécu par anticipation, que là,
je suis comme morte.


Madame Glenisson, vous étiez bien à Royan en 1945 pendant les bombardements américains ?
Regardez-moi ! Il y a cinquante ans que je cherche votre regard.

Que peux-tu comprendre ? Que veux-tu savoir ?
Les premières douleurs sont arrivées en même temps que les premières bombes ;
j’ai perdu connaissance.
L’homme qui m’a sauvé la vie m’a juré que l’enfant – une petite fille - était morte
entre mes jambes, quand il m’a trouvée dans notre maison éventrée.
Depuis ma sortie de l’hôpital en 1946, je me suis coiffée, habillée, chaque jour et
je t’ai cherchée, j’ai arpenté Royan pendant des mois, je voulais être sûre que tu étais morte.
Comment aurait pu survivre un nouveau-né dans ce chaos, dans ces gravats, ces maisons
en ruines, cette poussière, cette foule hurlante qui courait comme aveugle dans les rues défoncées ?
C’est ce que m’ont ressassé sans cesse les policiers qui ne voulaient plus me recevoir à la fin.
Voilà encore la folle disaient-ils en soupirant.

James m’a demandé d’oublier. Mon ventre m’a refusé un autre enfant.

Que puis-je te raconter de ma vie sans toi ? Des rêves fous qui me laissaient épuisée
pour des heures ; des rêves éveillés où je m’enivrais de ton rire et de tes cris de joie.
Comment te dire les Noëls où j’ai tenté de me suicider ?
Comment te décrire tes anniversaires, passés dans la douleur et les tourments ?
Comment te parler de cette chambre fermée où la poussière a recouvert ton lit resté vide,
où repose ta layette jaunie, où ton hochet s’est cassé à force de vaines caresses ?
Comment te montrer mes yeux sans larmes ?
Comment t’annoncer que ton père est parti, lassé par mon silence ?


Je ne veux rien savoir de ta vie sans moi.
Ne me dis rien. Je veux finir ma peine.


Non, je ne te regarderai pas, il est trop tard.

Maman, regardez moi !
Non !


Zoe_tagada :

C'est dans l'inertie que je voyais le temps s'éteindre et ma vie aussi.


Le silence recouvre la pièce. Sur l'édredon fleuri, un filet de lumière s'étire lentement jusqu'aux mains endormies de Léa. Quelques taches dessinent une peau de léopard entre les sillons du temps.

Un léger grincement se fait entendre puis une ombre se glisse et grandit le long du mur avant de bondir sur le matelas. Le chaton a faim. Ses pattes tapotent le visage de la femme, comme pour l'appeler. Léa ouvre lentement les yeux, regarde l'animal, lui dit quelques mots puis repousse sa couverture. Lentement, elle s'assied. Il est 7h30, le jour entre peu à peu dans la chambre et réchauffe la nuit.

Pieds nus, Léa va à la cuisine. Elle aime sentir le parquet ciré sous ses pieds. Passer de la chaleur du bois, au carrelage froid de la cuisine. Sentir ce petit souffle glacé sur ses chevilles quand elle ouvre la porte du frigo pour prendre le lait. Petula se faufile entre ses pieds, passe à gauche à droite, agrippe le bord de sa robe de chambre en miaulant. Quelques gouttes versées dans une soucoupe la calment. Léa enclenche le bouton de la Senseo et va s’habiller pendant que l’eau chauffe.

Une journée commence par un bon petit déjeuner se répète-t-elle chaque matin. Tout en buvant son café, elle égrène son planning pour la journée. Dans quelques minutes le facteur apportera le journal, elle le lira en mangeant ses deux tartines à la confiture de prunes qu'elle a faite l'automne dernier. A 8h30, il faudra passer l'aspirateur dans les chambres. D'abord la sienne, puis la chambre des petits-enfants. Elle n'y passe la serpillière qu'une fois par semaine. Elle redressera les peluches sur le petit lit, passera le chiffon sur les meubles pour ôter les poussières. Ensuite, elle s'attaquera au salon, la plus grande pièce de la maison. Il faut laver à l'eau chaque jour, pour rafraîchir et que ça sente le pin comme elle dit toujours à sa fille quand elle lui demande pourquoi elle nettoie tous les jours alors que personne ne salit. « Ca fait 50 ans que je passe la serpillière tous les jours, ce n'est pas à mon âge que cela va changer ! » poursuit-elle malgré le regard sceptique d'Irina.

A 10h, elle s'accorde toujours une pause. C'est sacré. Elle s'assied à la table de la cuisine et déplie le journal. Elle commence par la page des nécrologies. Elle s'explique mal ce choix. Elle est à la fois curieuse et craintive de ceux qu'elle y découvrira. Puis elle passe aux nouvelles régionales. Petula vient souvent s'allonger sur les pages, jouant avec les coins. Léa la gronde, mais pourtant elle glisse sa main sous la page, pour faire des mouvements sur lesquels le jeune félin traquera jusqu'à percer les feuilles et découvrir sa proie. Lea choisira alors ce moment complice pour prendre le chaton dans ses bras, comme un bébé, et le câliner. Après cette petite pause, elle s’attaque à la cuisine. D’abord la vaisselle du petit déjeuner puis la préparation du repas. Aujourd’hui, elle devra refaire de la soupe. Elle liste mentalement les ingrédients dont elle a besoin quand on frappe à sa porte. Déjà 8h30 ! C’est le facteur, elle est en retard !

Elle récupère le journal glissé sous la porte et sort l’aspirateur. Elle n’aime pas quand une journée commence en retard. C’est comme un grain de sable qui vient se glisser dans sa mécanique parfaitement huilée. Il ne manquerait plus qu’un visiteur impromptu vienne avant que sa maison soit impeccable. A cette pensée, elle accélère son ménage, sans pour autant le négliger. Une maison propre. Ca fait 50 ans qu’elle s’y attelle, ce n’est pas aujourd’hui que ça va changer. En revenant dans le salon, elle allume la chaîne hifi et mets le cd d’Andréa Bocelli. Elle aime sa voix puissante. Et puis il est aveugle. Ca rend ses chansons encore plus puissantes. Elle retire les fleurs qui commencent à faner. Elle en achètera un nouveau bouquet quand elle ira acheter les carottes qui lui manquent pour faire le potage. Elle enfile ses sabots de caoutchouc et va jeter les marguerites dans le bac à compost au fond de son jardin. Elle en profite pour ôter quelques mauvaises herbes qui poussent entre ses plans de tomates et pour cueillir quelques brins de persil. Elle se dit que c’est sans doute la dernière année qu’elle fait un potager. L’année dernière encore, elle pouvait s’agenouiller pour planter les graines ou récolter les légumes. Aujourd’hui, ses genoux sont foutus, elle souffre trop quand elle veut se relever. Son médecin lui a prescrit des anti-douleurs et conseillé de porter des jambières pour soutenir ses articulations. Elle les porte la nuit, mais le jour elle refuse. L’épais tissu se voit sous les pans de sa jupe. Le boulanger lui a demandé si elle s’était blessée l’autre jour, parce qu’il lui semblait qu’elle boitait légèrement. Alors, elle marche plus lentement, avec l’air de flâner.

Après le déjeuner, elle bascule son fauteuil, prends Petula sur son ventre et ferme ses yeux. Elle ne s’endort jamais vraiment. Elle somnole jusqu’à 13h où elle allumera la télévision pour regarder les informations. Aujourd’hui elle laisse la porte-fenêtre ouverte. Il fait chaud, le cerisier japonais est en fleur et le parfum du printemps entre dans le salon. Léa pense. Dans trois jours elle fêtera ses soixante-quinze ans. Elle est encore très active pour son âge.
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Re: Epreuve n° 4 : les textes et les photos

Messagede la marquise de Sade » 09 Mai 2010, 21:32

J'ai lu plus ou moins la moitié des textes, jusqu'à la photo 7 et le texte de Pierre.

Rien que pour cette première moitié, je suis étonnée de tous les textes, ils ont tous des trucs sympas, ça n'a pas été pénible de les lire, même celui de Lady qu'elle voulait pas montrer !

Ca va être dur de n'en choisir que deux et de devoir les noter !
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Re: Epreuve n° 4 : les textes et les photos

Messagede Remo » 09 Mai 2010, 21:41

la marquise de Sade a écrit:J'ai lu plus ou moins la moitié des textes, jusqu'à la photo 7 et le texte de Pierre.

Rien que pour cette première moitié, je suis étonnée de tous les textes, ils ont tous des trucs sympas, ça n'a pas été pénible de les lire, même celui de Lady qu'elle voulait pas montrer !

Ca va être dur de n'en choisir que deux et de devoir les noter !


j'espère que tu liras plus ou moins la totalité des textes après :wink2:
Euh, c'est quand même long jusqu'à dimanche prochain non ?
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Re: Epreuve n° 4 : les textes et les photos

Messagede moufette » 09 Mai 2010, 21:49

J'ai lu quelques nouvelles. J'aime plus particulièrement celle de Telerama qui colle bien. Et..... celle de Turlupin qui commence à me brouter grave !

Y en a d'autres bien sûr que j'aime bien, et j'ai pas tout lu.
J'ai perdu ma chatte et je m'en remets pas.
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Re: Epreuve n° 4 : les textes et les photos

Messagede moufette » 09 Mai 2010, 21:50

J'ose pas lire celle de baldr.....
J'ai perdu ma chatte et je m'en remets pas.
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Re: Epreuve n° 4 : les textes et les photos

Messagede la marquise de Sade » 09 Mai 2010, 21:52

Remo a écrit:
j'espère que tu liras plus ou moins la totalité des textes après :wink2:
Euh, c'est quand même long jusqu'à dimanche prochain non ?



je me suis mal exprimée, j'ai lu entièrement et attentivement environs la moitié des textes :green:

je lirai le reste aussi, mais demain, sinon on reçoit trop d'info à la fois, et on ne perçoit pas tout, ce serait dommage.


Celle de Baldr est très imaginative :green:
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Re: Epreuve n° 4 : les textes et les photos

Messagede la marquise de Sade » 09 Mai 2010, 22:19

Remo a écrit:Euh, c'est quand même long jusqu'à dimanche prochain non ?


y'a pas que des chomeurs, des étudiants et des profs sur ce forum. Il y a aussi des gens qui travaillent !
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