Allez, dis moi ce qui te fais chier. Raconte moi les fleuves charriant dans leur flots les milliers de gens que tu voudrais voir morts, raconte moi les pendus à chaque réverbère, imagine moi le monde selon toi, avec tes désirs illimités, sans fausse pudeur ni bonne volonté, parle moi des parents que tu voudrais voir morts, de ton frère qui aura le sida, de ton voisin, la tête encastrée dans son téléviseur HD, dis moi tout ce que tu hais, tout ce dont le monde devrait être épuré selon toi, bois, laisse toi aller, rêve et bande avec ton cervelet, sois reptilienne, grande prêtresse ou magicienne, invente l’avenir sans te faire chier. Ouvre toi, et déverse la souffrance en raz-de-marée, baise avec les chiens si le cœur t’en dit, ça ne va pas me choquer, mais lâche toi, raconte moi la fin du monde selon toi, comme tu l’as tant rêvé, en plantant tes ongles démesurés dans la gorge du temps.
Mais par pitié, plus de Papa-Maman-touche-pipi-mes-premières-règles-je-t’aime-moi-non-plus… trop naïf…
Si tu pouvais éviter aussi la fausse pilule de l’ironie, finalement le monde est rigolo, qu’est-ce qu’on s’amuse comme ça quand on se fout de tout…
Ce que je te propose c’est un moratoire sur Toi. Ecrire avec un Moi soluble. Proposer autre chose que la petite auto-critique existentialiste façon France Culture…
Ne me donne pas ton avis, ne me raconte pas ta vie, montre moi le monde que je ne vois pas, on aura tous fait un grand pas.
