de Trompette Sournoise » 21 Jan 2010, 13:49
Il n'en faut pas davantage pour me décider.
Tu l'auras voulu, ta bouse !
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Nous avons atterri à Montréal trois jours plus tôt. La première chose que Ray-Amokokadiz ait faite, à l’aéroport, c’est emprunter le plus monstrueux 4x4 disponible. Il a négocié ferme et nous avons bénéficié d’une ristourne de 10 % sur un Hummer. Faut préciser que mon frère s’y connaît. Il est dans la partie. Cet allumé gère une franchise LandRover dans les beaux quartiers de Paris. Une affaire en or, rapport aux nombreuses voies impraticables qu’on peut trouver dans cette région reculée de l’Hexagone. Sérieusement, Ray sait décomplexer ses clients. Il n’hésite jamais à proposer une pare-buffle en option à ses acheteurs, au cas où ils devraient un jour passer sur un campement de gitans, quelque part sur le périphérique intérieur.
Pour rejoindre Rimouski, qui ne se trouve pourtant pas à l’autre bout du pays, nous avons du nous arrêter souvent pour prendre de l’essence. Le Hummer est gourmand. Ray avait les yeux qui brillaient chaque fois qu’il voyait défiler les chiffres sur la pompe. L’argent n’est pas vraiment un problème. Mon frangin fait le plein comme d’autres passent des heures devant une machine à sous. Il veut rafler la mise. Il espère siphonner les dernières gouttes de pétrole de la planète. J’y reviendrai.
Quant à moi, je n’ai qu’à me faire appeler Erika et fermer ma gueule. Pour commencer, j’ai pas un rond. Je travaille pas. Je réfléchis. Dans cette aventure comme dans la vie, je suis le passager clandestin. Ca faisait un moment que je voulais voyager au Canada, c’est tout. Accessoirement, je voudrais éviter à mon frère de se faire mal, ou pire, qu’il soit dévoré par une bête sauvage.
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Deuxième jour de battue, donc, réveil au milieu de notre campement de fortune, trappeurs paumés, café froid et cigarettes.
Ray n’arrête pas d’inspecter son fusil en me servant diverses anecdotes de chasse.
- Tous les grands hommes ont tué des ours.
Il porte un t-shirt imprimé « Au zoo les animaux ». On y voit un grizzly sur un monocycle, levant les pouces en souriant. Il graisse le canon de son arme.
- En Chine l’Empereur aimait se nourrir de ses pattes. C’est la seule partie de l’animal qu’il voulait bouffer. En faisant ça, il pensait pouvoir incorporer sa force, sa virilité et sa résistance.
Tchernobyl s’est éclipsé. Je l’ai vu partir avec son arbalète sous le bras. Je doute qu’il parvienne à nous ramener le petit-déjeuner.
- En janvier 1997, écoute bien, le premier ministre russe s’est illustré en abattant une ourse et ses deux oursons lors d’une chasse monstrueuse qui avait mobilisé une dizaine de garde-chasse, des chiens, un bulldozer pour tracer la piste, une cuisine roulante, une ambulance et un hélicoptère.
J’hésite à demander à Ray si le premier ministre russe s’est paumé en route et s’il se faisait appeler Nagasaki. Mais je me tais, comme d’habitude.
- Ceausescu, cet enfoiré de roumain, organisait des chasses démentielles où il se marrait à faire tirer l’ours à ses invités de marque. Il en aurait buté lui-même plus de trois cent.
A court d’histoires merveilleuses, Ray s’essuie les mains sur son jean, en souriant. Je fume une cigarette en me demandant ce que je fous là. La forêt se réveille tranquillement, cela dure un temps puis soudain, nous entendons le cri d’un animal. Terrible.
Ray saute sur ses pieds, son fusil pointé vers nulle part en particulier. Je fais dans mon froc. Je m’attends à voir tous les fantômes des ours précédemment évoqués faire irruption et nous bouffer.
Plus certainement, la silhouette de Tchernobyl apparaît au milieu des conifères. Aussi blanc que son T-shirt, sur lequel on peut lire « Moins d’oiseaux, plus d’autos », la troisième roue du carrosse articule :
- Les gars, je crois que j’ai fait une connerie. La brebis, y’a un petit problème. Je voulais juste m’entrainer un peu.
Il nous fait signe de le suivre. Nous lui emboitons le pas.
- Elle est pas morte, Ray. C’est OK.
Elle est pas crevée, non. Pauvre bête. Juste clouée à son arbre. Une flèche dans la gorge. Sa tumeur dégoulinant sur son flanc.
Amokokadiz déborde de rage.
- Gros porc immonde. Je devrais te buter pour ça ! Tu sais quoi ? C’est toi que je vais attacher au pied du mirador. Un bon gros morceau dans ton genre, ça serait un sacré hameçon pour un grizzly, tu crois pas ?
- Je visais au dessus… J’ai déconné, je sais.
- Faites la taire, bordel !
- Tu finis ce que t’as commencé, Tchern.
- Quoi ?
- Tu recharges ta foutue arbalète et tu vas jusqu’au bout de ton immense connerie.
- Je peux pas Amoko. Sans rire, je peux pas.
- Faites la taire !
- Tu la finis, maintenant !
Tchernobyl place un nouveau carreau dans son arbalète. Il fait mine de viser la brebis agonisante. Ses mains tremblent, il se tient là, sans parvenir à appuyer sur la gâchette. Ray braque son arme sur lui.
- T’as cinq secondes.
- Ray, tu baisses ce flingue ! Tout de suite !
- Appelle-moi encore une fois Ray et je commets un fratricide doublé d’un crime de sang froid contre la bêtise humaine. Vas-y, appelle-moi Ray encore une fois !
Tchernobyl fait la grimace.
- Est-ce que je pourrais pas me servir d’un bâton, plutôt ?
- On a pas toute la journée, espèce de sadique.
- Je risque de la blesser encore plus. Je sais pas me servir de ce truc là.
- On a vu, ouais. Finis ce que t’as commencé, t’as trois secondes.
- Je peux pas…
Ray se met à gueuler par-dessus l’animal. Il se retourne et lâche une rafale sur la carcasse épinglée à l’arbre. Celle-ci vole en éclats. L’écorce, les os, une poignée d’oiseaux qui s’envolent dans un même élan. Tchernobyl se prend la tête dans les mains, il lâche son arbalète et se met à vomir. Il ne se rend même pas compte que sa flèche est partie alors que son arme touchait le sol.
Le hurlement de Ray change de gamme.
Le cri de colère se teinte de douleur.
Et de surprise.
Il monte haut des les aigus.
A présent, nous y sommes.
Jusqu’au cou.
*****
II.
La forêt indonésienne est aujourd’hui en grand danger. Elle a perdu, depuis quelques années, 72 % de sa superficie. Chaque heure, on y détruit :
1- l’équivalent de 100 terrains de tennis
2- l’équivalent d’un demi terrain de pétanque
3- l’équivalent de 300 terrains de football
Tchernobyl porte Ray dans ses bras, comme on trimballe un enfant. La flèche est toujours plantée dans la cuisse de mon frère. J’ignore où nous sommes. Je jette de furtifs coups d’œil à la carte, par pure politesse, mais je n’y comprends pas grand-chose. Nous avons fait avec les moyens du bord pour la blessure de Ray. Du whisky pour désinfecter la plaie, du rhum pour apaiser l’homme. A présent, il délire, à demi-conscient :
- Je veux pas crever au milieu de la nature, putain. Je veux mourir au 35ème étage d’un building, au cœur d’une mégalopole asiatique, d’une lente intoxication au monoxyde de carbone. Je veux entendre le bruit des klaxons, la climatisation. Je veux me décomposer à l’abri des vers, dans un loft verrouillé de l’intérieur. Je veux que ça schlingue jusque dans la cage d’escalier. Je veux entendre sonner le téléphone au loin, que les pompiers me découvrent une semaine plus tard. Je veux que la télévision et les lumières restent allumés pendant tout ce temps. Je veux pas crever dans les bois, les mecs. Je refuse qu’un arbre pousse sur ma dépouille. Je veux pas nourrir la Terre. Je veux qu’on m’incinère, qu’on me change en lourde fumée noire et tomber en pluie toxique sur des passants qui tirent la gueule.
J’imagine qu’on ne succombe d’une blessure à la jambe, même profonde. Tchernobyl en bave sérieusement pour porter sa victime. C’est juste un repoussant obèse comme je vous disais, asthmatique en plus. Il s’arrête régulièrement, sans poser Ray au sol, et il faut que je lui envoie plusieurs bouffées de Ventoline au fond de ses bronches rabougries.
Le panorama est magnifique : la chaine des Appalaches en toile de fond, de nombreux lacs, tout un réseau compliqué de rivières. Ca monte, ça descend, ça sert à rien mais c’est beau, rien à dire.
Je porte le fusil, l’arbalète et l’arc. J’ai très peur, à présent, que nous tombions nez à nez avec un ours noir. Je sais que ces animaux possèdent un odorat à toute épreuve et qu’ils évitent autant que possible de croiser la route de l’Homme. Surtout ici. Mais j’ai les foies quand même.
Je repense au premier ministre russe, ses bulldozers, ses guides, et surtout, son ambulance. La chasse à l’ours, c’est vraiment un sport d’aristocrates. La pratique amateur, c’est surtout des emmerdes. Les genoux de Tchern vacillent et il nous faut faire de nombreuses pauses. Le terrain est escarpé. Encore plus que la veille. Dans l’ensemble, je tente de nous faire descendre dans la vallée mais nous nous retrouvons fréquemment au bord d’un précipice ou d’un cours d’eau infranchissable. Il me semble que nous sommes sortis de la zone de chasse. Me demandez pas comment.
De toute cette foutue journée, nous ne croisons personne, personne, personne.
A l’occasion d’une de nos haltes, je profite de l’endormissement de Ray pour cuisiner son porteur :
- Journée à la con, hein ? Dis-moi vieux, t’avais déjà chassé avant, toi ?
- J’ai fait une battue au lynx. Dans les Pyrénées, avec ton frère, une fois.
- Combien de morts ?
- Déconne pas avec ça, Erika.
- Vaux mieux en rire, mon gros. Au fait, c’est quoi ton vrai nom, Tchernobyl ?
- Jean-Paul. J’ai un cancer des testicules, tu sais…
Il a besoin de se livrer, Tchern. Probablement qu’il est persuadé que nous allons crever dans les bois, lui aussi. Nous n’avons rien mangé depuis hier matin et je réalise le sacrifice que cela représente pour lui. Jean Paul donc, l’estomac dans les talons, sifflant comme un vieux train, me raconte sa vie :
- Je travaille comme agent d’entretien à la Hague. L’usine de retraitement des déchets nucléaires. C’est là que j’ai rencontré ton frère. Pendant une contre-manifestation. Cogema nous avait donné une demi-journée de congé pour qu’on puisse « accueillir » les écologistes. Ils étaient venus en masse et on était bien décidés à leur tenir tête. Je me souviens que Cohn-Bendhit était bien emmerdé. Amokokadiz, lui, il était remonté. Il a gueulé : « Avec quoi les allemands vont faire bruler leurs centrales ? Avec des juifs ? ». Bon, c’était lourdingue mais les boches avaient décidé de ne plus retraiter leurs déchets chez nous, on avait peur de perdre notre travail. Après ça, on a bombardé les manifestants avec de la fiente de porc. Le lendemain, le syndicat nous faisait parvenir un tract : « Nous félicitons et remercions tous les salariés pour cette réussite éclatante ».
La fiente, c’était signé. Ray adore jouer avec le lisier de porc. Sans cette sombre histoire de merde, on serait peut-être en train de cueillir des cèpes en se donnant des petits noms comme Fleur de Lotus.
Je m’explique.
Notre père faisait de l’élevage de cochons. C’était un travailleur honnête et acharné jusqu’à ce qu’une bande d’écologistes le pousse à se tordre le cou autour d’un nœud coulant en 1997, date à laquelle Ray a décidé d’embrasser la noble cause qui nous vaut aujourd’hui cette escapade forestière désastreuse. Le lisier voyez-vous, c'est-à-dire la merde de porc, produit une quantité considérable d’azote, sans que cela eu la moindre incidence sur l’avenir de la planète avant qu’une association de dégénérés mentaux ne décide de mener la vie dure aux éleveurs. Du jour au lendemain, le paternel a vu son exploitation taxée d’infamie polluante et sa personne tenue pour responsable du grand trou de la couche d’ozone, dans son intégralité ou presque. On l’a obligé à s’équiper de matériel pas donné pour limiter la production d’azote issue de son lisier. Docile et un peu crétin, mon vieux s »est plié aux exigences des barbus et a fini par expérimenter la faillite, puis le suicide.
Dans les premiers mois qui ont suivis le décès de papa, Ray a commencé à agir sans trop savoir ce qu’il faisait. On peut parler d’enfance de l’art. Il passait des heures sous la douche, il tirait la chasse quatre fois d’affilé, il allait se promener en forêt pour vaporiser des flacons entiers de déodorants, bombes anti-insectes, gel fixation béton, n’importe quoi… Il s’était fabriqué une machette de fortune et saccageait tout ce qui pouvait ressembler à une jeune pousse. Il a provoqué quelques départs de feu qui ont vite été maitrisés par les pompiers. Il manquait d’expérience à l’époque mais il semblait s’amuser beaucoup.
Plus tard, il a trouvé ce boulot de veilleur dans un hôtel tout ce qu’il y a de crasseux et dépourvu d’étoiles. Il s’y offrait ce qu’il appelait des « nuits d’abondance ». Dans les chambres inoccupées (il y en avait toujours beaucoup), mon frère allumait les lumières, ouvrait les vannes, poussait le chauffage au taquet, pareil pour la climatisation. Il programmait les télévisions pour qu’elles ne s’éteignent qu’au petit matin, avant l’arrivée du réceptionniste de jour. Il ne s’est jamais fait prendre. Il passait la nuit au milieu d’une orgie de kilowatts et d’hectolitres foutus en l’air. Un mois plus tard environ, il s’est pointé un soir pour prendre son service et le patron l’a accueilli en agitant une facture d’électricité. Ray a tourné les talons sans rien dire.
La cause pouvait rallier de nombreux sympathisants : chasseurs, employés de centrales nucléaires, agriculteurs… Y’a une foule de gens qui trient pas leurs déchets, sauf quand il s’agit de les jeter sur la gueule des écologistes. Au cours des années suivantes, Ray a constitué son équipe et mené différentes actions afin d’accélérer le processus inévitable (et salutaire, selon lui) de destruction de la planète : occasionnelles battues au lynx en Espagne, organisation de congestions automobiles, déversement d’eaux usées dans la Seine, saccage d’algues sur les côtes atlantiques, bref, tout un tas d’activités de loisir. Bien évidemment, au quotidien, Ray et ses potes ont pris l’habitude de laisser les robinets ouverts dans les lieux publics et d’aller acheter le pain en 4x4 …
Moi, je regarde tout ça d’un peu loin. Notre safari à l’ours, c’est seulement de la détente. Du moins, c’était l’esprit recherché à la base. Maintenant, mon frère a la jambe trouée, il délire gentiment tandis que Tchernobyl, qui n’en peux plus de le porter, continue de se confier :
- Des gens comme Amokokadiz, il en faudrait davantage. La planète est foutue, quoi qu’il arrive. Tout le monde le sait, tout le monde s’en fout. Les jeunes parents sont des criminels. Ils devraient être punis. Genre une taxe sur les naissances. Les politiciens, ils nous disent de trier nos déchets mais c’est des blagues. Ils s’engraissent, les salauds. Mon cancer des burnes, c’est à cause d’eux. Ils disent qu’on est jamais en contact avec les déchets toxiques mais il se passe pas un mois sans qu’un collègue chope une leucémie ou un truc comme ça. Mon seul but dans la vie, aujourd’hui, si tu veux savoir, c’est de pas crever tout seul.
Rien ajouter, nous reprenons la route.
La nuit s’apprête à tomber pour la deuxième fois sur notre trio de paumés.
Le Canada est une terre bien hostile, en vérité.
Je suis sur le point de conseiller à Tchernobyl de laisser tomber et de préparer un campement de fortune quand j’aperçois une lumière providentielle, dans un petit chalet, au bord d’un lac, un peu plus bas.
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III.
La pollution automobile tue plus de personnes dans le monde que les accidents de la route en Autriche, en France et en Suisse…
1 – Vrai
2- Faux
Je crois qu’on va s’en sortir. On distingue mieux le bungalow maintenant ; et je vois pas ce qui pourrait nous empêcher d’y arriver sains et saufs. Pas de falaise, pas de rivière bouillonnante, juste cette pente douce, et en descente pour ne rien gâcher. Je remets une thune de Ventoline dans la machine-Tchernobyl, pour le finish, et on débarque en roue libre.
Voilà le plan.
Leur cabanon n’a rien d’une baraque à chiens. J’imagine qu’ils doivent disposer d’un téléphone en état de marche, d’une trousse à pharmacie (nous sommes à court de rhum) et de vivres… Peut-être même qu’il y aura une ou deux bouteilles de liqueur locale, bien brulante, bien dégueulasse, mais on se lèchera les babines, pour faire plaisir. Sûr qu’ils voudront bien trinquer avec de braves touristes français en détresse. Ces gens là sont nos cousins. Et puis ça fait des années qu’ils nous expédient leurs chanteuses moches, ils nous doivent bien un verre.
Il y a quelqu’un dehors. Une silhouette qui fend du bois. Oh, le sympathique bucheron ! Comme il est robuste et bien nourri. Il nous a vus. Il pose son outil sur l’épaule. Je le sens méfiant. Il ne vient pas à notre rencontre. On doit avoir une foutue dégaine, après ces deux jours en pleine nature, ventre à terre.
- On est sacrément content de vous voir, je lui crie.
Il bouge pas. J’aperçois son visage. Et la taille de ses mains ! Il caresse le manche de sa hache. J’imagine qu’il n’aurait aucun problème à nous découper en tranches avant de nous balancer au feu. Je veux que cet homme soit mon ami. Ses paluches sont larges comme des battoirs et je peux sentir d’ici son odeur bestiale.
Nous ne sommes plus qu’à quelques pas. Tchernobyl pose un genou à terre et laisse s’écrouler Ray sur le seuil du chalet providentiel.
- Bonsoir Monsieur, je bredouille. C’est vraiment une chance de vous trouver ici.
- Vous avez de la misère, vous autres ?
- Mon frère s’est pris une flèche dans la jambe.
- Comment vous avez fait votre compte ?
- Un truc un peu stupide. Un malheureux accident de chasse, vous voyez…
- C’est pas une zone de tir aux pigeons ici.
- Non ?
- Non. Il vit encore votre copain, au moins ?
- Oui. Juste dans les vapes. On a marché toute la journée sans croiser personne. On vient de la pourvoirie « Le Chasseur »
- Et vous chassez quoi au juste ?
- Bof, vous savez, on a fait que se perdre jusqu’ici. C’est aussi bien comme ça, en fait. On est davantage des promeneurs que des braconniers, vous voyez…
Le type se penche sur la jambe de mon frère.
Puis, il jette un œil à notre matériel. Le fusil retient toute son attention.
- C’t’un beau bâton de promenade que tu trimballes là. Sans compter l’arc et l’arbalète. Tu dois être le Rambo de la troupe. Hein ? Bon… Rapport à la blessure, c’est pas trop cute mais pas tellement moche non-plus. Rentrons. On va voir si je peux vous accommoder sur ce coup là.
- Merci, vraiment, articule Tchernobyl entre deux inspirations pénibles.
- C’est toi, hein, qui lui a envoyé la flèche dans le cul ? Pas vrai ?
- Si. Comment vous savez ?
- C’est souvent celui qui porte le corps qu’a déconné.
On s’apprête à entrer mais le bucheron me retient par l’épaule.
- Attends un peu mon pote. Je vais te débarrasser de l’artillerie. Je voudrais pas que tu shootes dans le tas, comme un psycho. J’ai toute ma famille là-dedans. Et toi, le mastard, j’t’ai bien à l’œil aussi. Comprenez que j’suis pas trop fan des chasseurs dans vot’style. J’vous chrisse pas dehors parce que votre copain est en train de jongler sa pauvre mère, mais c’est tout.
Nous entrons. Le chalet est équipé d’un poêle à bois. Quelque chose est en train d’y mijoter. Tchernobyl a les boyaux qui se mettent à grincer.
Une femme et deux adolescents (une fille et une ébauche de garçon) sont attablés, occupés à disputer une partie de ce qui pourrait être un jeu de plateau fabriqué en Roumanie : tout en carton, mauvaise came, avec de petites montgolfières ridicules en guise de pions. Sur la table, il y a aussi une bouteille : « L’amour en cage, produit de la macération de la cerise de terre cultivée à Saint Athanase d’Iberville ». Je l’aurais parié.
Un ange passe. Le jeune garçon bave sur ses jetons. J’ignore s’il a remarqué que nous étions rentrés chez lui. Probablement fini à la pisse.
Tchernobyl reste planté là, avec Ray sur son dos, qui commence à entrouvrir les yeux. Je préfèrerais qu’il continue sa sieste. Je me tiens devant un poster de propagande représentant une baleine qui plonge majestueusement dans l’océan. Je m’aperçois avec horreur que nous sommes tombés dans un repère de joyeux campeurs. Mon regard balaye la pièce à la recherche de leurs toilettes sèches. Ou quelque chose de ce goût là. Le bucheron ferme la porte derrière lui, notre matériel sur le dos. Il lance à l’assemblée :
- Hey tout le monde ! Regardez ce que j’ai trouvé : des gangsters en cavale, peut-être des braqueurs de banque. On sait pas. Ils parlent à peine notre langue. Sans doute des français, c’est pour ça qu’ils sont tellement moches et drôlement attriqués. Faites bien gaffe, ils nous abattrons à la première chicane d’après ce que j’ai compris. Ah ah ah. Tenez vous autres, z’avez qu’à l’effoirer dans ce coin là, votre pote.
- Je vous demande pardon ?
- Foutez le dans la couchette, le grand blessé. On va lui filer à boire tantôt… Bon, alors ça, c’est Isabelle, mon épouse. Elle vous servira de la soupe de poix, j’imagine, vu qu’on se nourrit que de ça depuis 15 ans. C’est local. Typiquement dégueulasse de la région. La pitoune là, c’est ma fille, Clara. Si vous vous approchez trop près d’elle, je me considèrerai licencié à vous sectionner les roustons. Et ici, c’est mon gars, Mike, il est un peu épais. Un vrai nono, quoi… Alors si vous niaisez avec lui, j’vous ferai danser quelque chose de pas triste, on s’est compris ? Maintenant, comment y faut vous appeler, vous autres ?
- Je suis Tchernobyl, annonce Tchernobyl, manifestant une nouvelle fois sa crétinerie sans frontières.
Le père de famille fronce les sourcils. J’essaie de rattraper la bourde.
- C’est à cause de sa digestion, ses gaz quoi… Juste une blague entre copains. Moi, c’est… Eric. Et lui, c’est Ray.
- Amokokadiz ! marmonne mon frère depuis sa banquette, presque éveillé à présent. Je veux pas crever dans la cabane de la famille Nutella… Je veux regarder le câble une dernière fois…. Je veux mon nounours. J’ai payé pour mon foutu ours…
- L’est un brin nono aussi, votre pote, diagnostique le bucheron. Z’avez des drôles de sobriquets. Si c’est comme ça, vous m’appellerez David Crockett, ok ?
Le bon père de famille pousse un rire tout à fait canadien. C’est assez difficile à expliquer. Ray continue à raconter n’importe quoi. J’aimerais pouvoir l’assommer.
- Il faut détruire l’ours brun, et puis le blanc, et le jaune aussi. J’aurai pas de répit tant que ces putain de gastéropodes hanteront nos forêts. Je les entends mugir dans nos campagnes. Ils arrivent pour violer nos femmes. Une race de violeurs et pas foutus de trouver un boulot correct. Sauf Cajoline, mais ça reste l’exception, faut pas charrier…
David Crockett me regarde avec inquiétude.
- Il aurait pas reçu une flèche dans le citron, aussi ?
- Ca doit être la douleur. Ou le rhum pour la soigner. D’habitude, il respecte pas mal ses proies.
- Une race de violeurs, répète Ray. Ouais, pire que les gitans.
- Bon, voilà ce qu’on va faire, décide David Crockett. Nous, on a pas de charrette présentement. On est venus faire du vélo de montagne. Alors je vais appeler quelqu’un et on vous redescend à l’hôpital dès qu’on pourra. En attendant, on va grailler un morceau et boire un coup. Isabelle, fais péter la soupe aux poix !
Tandis qu’Isabelle s’affaire docilement aux fourneaux, David Crockett quitte le chalet avec son téléphone portable. On l’entend vaguement discuter dehors, mais impossible de comprendre un traitre mot de ce qu’il raconte. J’ai un très mauvais feeling. La cabane est silencieuse. On entend les casseroles s’agiter, Tchernobyl haleter, et Mike grogner au dessus du plateau de jeu. Sa sœur lance les dés, avance sa montgolfière, saisi une carte et pose ce qu’elle annonce être une question à trois points :
- Une île mystérieuse flotte dans l’océan Pacifique. De quoi est-elle constituée ? 1. De milliards de sacs et bouteilles en plastique 2. De millions de pneus 3. De milliers de troncs d’arbres arrachés aux rivages.
- Peut-être que ces messieurs auront la réponse, nous encourage Isabelle en servant la soupe.
Tchernobyl est trop fasciné par le remplissage de son assiette pour tenter la moindre proposition. La seule île qui puisse l’intéresser à cet instant précis, c’est un crouton à l’ail.
C’est donc à moi de me mouiller :
- Je dirais qu’il s’agit, malheureusement, de sacs et bouteilles en plastique.
Je prends un air concerné et une grande cuillère de potage.
- Bonne réponse ! s’excite l’adolescente.
Mike essaie d’applaudir, ce qui dans son triste état, revient à résoudre une équation du troisième degrés. La jeune fille nous fait cadeau de quelques précisions. Ces détails ravissent Ray. On l’entend soupirer d’aise depuis son coin.
- Les Américains ont baptisé « Pacific Trash Vortex » cette véritable île flottante de déchets pastiques, rassemblés par le courant. Ses dimensions sont impressionnantes : elle s’étale sur 600 000 km2, soit la taille de la France.
- J’y emménage dès le moi prochain, murmure Ray.
- Vous auriez pas des croutons, demande Tchernobyl.
- Quelle catastrophe, s’apitoie Isabelle.
- Un Pick-up sera là dans une heure, annonce David Crockett en passant la porte du cabanon.
Ce dernier débusque quelques verres et nous sert de généreuses rasades d’ « Amour en cage ». Les tournées se succèdent à un rythme insoutenable. La langue de Tchern claque contre son palais. Il rote avec fracas. Mike tente d’applaudir une nouvelle fois mais manque de tomber de sa chaise. Il se met alors à grogner, vite rappelé à l’ordre par son père qui lui colle une trempe derrière la nuque.
- Dites, puisqu’on est là, racontez-moi ce que vous faites dans la vie, à part vous tirer dessus et vous perdre dans les bois ?
- Je suis agent d’entretien à la centrale de retraitement des déchets nucléaires de la Hague dans le Cotentin et j’ai un cancer des testicules, récite Tchernobyl.
- C’est dans votre contrat ou vous nous dites ça pour avoir une deuxième assiette de soupe ?
- Avec des croutons je dis pas non.
- Isabelle ! Sers le gros. Bon… Et toi, Eric, tu travailles ?
- Non. J’y crois pas.
- T’y crois pas ?
- C'est-à-dire… Je réfléchis.
- Excellent. Et notre cible mouvante ?
- Il vend des bagnoles.
- Des 4x4, précise Tchern.
- Merveilleux ! s’exclame ironiquement David Crockett. Quant à moi, je suis le manager de la « Gonflette pour la planète », à Québec.
Ça crève les yeux qu’il a envie de nous en dire davantage. Je feinte de m’y intéresser.
- La gonflette pour la planète… ?
- Une salle de gym.
- Dis-leur papa ! invite l’adolescente.
- Ok. Ca devrait vous faire jouir, vous autres militants de l’apocalypse. Je bricole un peu et j’ai eu cette idée fin bonne. A propos des machines de running, les tapis de course quoi… Il faut savoir qu’un joggeur moyen produit 50 watt par heure. Moi, j’ai relié tout mon bazar de machines à une batterie et j’suis comme une petite centrale à moi tout seul. La salle est complètement autonome et je revends même un peu de jus à la compagnie d’électricité. Qu’est-ce que vous dites de ça ?
- Sacrément astucieux, je fais.
- J’ai envie de gerber, alerte Ray.
- Quelqu’un veut les derniers croutons ? demande Tchernobyl.
- Mon mari va sauver la planète, glousse Isabelle.
- Vous venez déjà de sauver trois personnes Monsieur Crockett…
Je le caresse dans le sens du poil parce que j’ai un très mauvais pressentiment.
Nous continuons le quizz. Les questions défilent, plus déprimantes les unes que les autres. Le paternel semble les avoir apprises par cœur. Je me demande un moment s’il les aurait pas écrites lui-même. Ceux qui répondent juste boivent un coup. Ceux qui se trompent aussi.
- Quand même, vous autres, commence distraitement notre hôte, z’avez des peanuts dans le slip. De toutes petites peanuts. Sinon, vous seriez venus sans votre arsenal et vous auriez combattu à la loyale.
- Contre qui ?
- Le va-nu-pieds !
- Quoi, à main nu contre un grizzly ?
- Et alors ? Il y a encore pas si longtemps, dans le coin, quelques types se sont risqués à l’affronter en combat singulier. Des montagnards, presque toujours, qu’avaient pas l’autorisation de port d’arme. Ce qu’on faisait dans le temps, on s’enserrait le torse dans une épaisse carapace en cuir et, avec l’aide des copains, on provoquait l’ours pour l’obliger à se dresser sur ses pattes arrière. Puis on enlaçait l’animal. Ca ressemblait à une danse grotesque. Ceux qui en avaient l’occasion poignardaient la bestiole. C’était un slow terrible. Les survivants étaient considérés comme des héros vu qu’à l’époque, les ours s’attaquaient au bétail, aux cultures et aux ruches.
- Et aux pucelles du canton ! souligne Ray depuis sa couche.
- Il faut viser le cœur de l’animal. Le poignarder en plein dedans. Parfois, on fixait le couteau à la poitrine de l’homme, sur une planchette, pour que l’ours vienne s’y empaler. Il fallait une grosse paire de peanuts, croyez-moi.
- Le premier ministre russe avait des méthodes plus efficaces.
- La ferme Tchernobyl…
- Dites-voir, la chasse à l’ours, ça coûte un bras, non ?
- Ou une jambe ! plaisante Tchern, ce qui est assez inattendu. Je réalise alors qu’il est rond comme une queue de pelle.
David Crockett s’étouffe de rire.
- Elle claque ta joke, mon gros !
On administre à Ray une longue rasade de gnole.
Nous trinquons avec le père.
L’ambiance semble se détendre un peu.
On lève même notre verre à l’ours brun.
- Au grand-père des forêts !
- Au va-nu-pieds !
- A l’ours Cajoline !
- A cette saleté de violeur !
Les stocks d’ « Amour en cage » semblent infinis.
Ray s’est assoupi.
Tchernobyl vacille.
David Crockett semble immunisé contre l’alcool. Tout dérape au moment précis où un coup de klaxon se fait entendre à l’extérieur et que le bon père de famille tient à nous poser une dernière question avant de nous ramener à la civilisation.
- Quelle scientifique mondialement connu a dit : « Si l’abeille disparaissait de la surface du globe, l’Homme n’aurait plus que quatre années à vivre ? ». Albert Einstein, Charles Darwin ou Pierre Curie ? Qu’est-ce que vous dites de ça, les gars ?
Je connais la réponse.
- Einstein.
- Bien joué Eric !
Tchernobyl me regarde avec une admiration ahurie. David Crockett précise : « Plus de pollinisation, plus d’herbe, plus d’animaux, plus d’hommes. Le déclin des populations d’abeilles dans le monde, au cours des dernières décennies, fait craindre le pire pour l’environnement… et pour l’humanité.
- En combien de temps t’as dit ? Hippie ?
Ray s’est redressé sur sa couchette. Ses yeux sont injectés de sang. Il semble avoir retrouvé ses esprits. Pire que ça, je crains qu’il ne vienne d’expérimenter une véritable illumination.
Le père l’a mauvaise. Il s’enfile une longue rasade de liqueur.
- Comment tu m’as appelé, Ray ?
- C’est Amomkokadiz, trou du cul de bouseux. En combien de temps l’Homme disparaitrait, tu viens de dire ? Hippie de mes deux ?
L’hippie de ses deux se lève brusquement et balance son énorme poing sur la table, les montgolfières s’envolent, Mike se met à hurler comme un dément. Il se jette sur son père. Les deux hommes luttent à même le sol et mettent le cabanon à sac. Ray se tient assis sur sa couchette. Etranger aux évènements, il murmure :
- Quatre ans, hippie. C’est bien c’que t’as dit… Erika, Tchernobyl ! On se goure de cible depuis le début. On rentre immédiatement à la maison et on bousille toutes les ruches qu’on pourra trouver. Je veux plus une seule saloperie d’abeille vivante avant la fin de l’été. Notre avenir en dépend. Je veux les apiculteurs pendus haut et court. Il faut appeler les triplés : Total, Fina et Elf. Qu’ils s’y mettent sur le champ. Y’a pas de temps à perdre !
La situation dégénère bon train dans le chalet. Mike est maitrisé par son père, non sans mal. Isabelle et la jeune fille se tiennent dans les bras, dans un coin de la pièce. Les cartes du quizz sont dispersées un peu partout.
David Crockett saisi le fusil de Ray, le pointe sur nous, l’air déterminé.
- Isabelle, bouge-toi le cul. File-moi tout le compost qu’on a. Et toutes les couennes de porc que tu pourras trouver, et les restes… J’m’en vais faire un tour avec ces messieurs.
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Si j’en crois mon Lonely Planet, les rencontres fortuites avec un ours noir vous placent dans une situation des plus inconfortables ; à plus forte raison lorsque vous êtes solidement attaché à un arbre ; encore davantage si un tas de nourriture est répandu à vos pieds.
David Crockett et son ami au pick-up ne nous ont pas conduit à l’hôpital. Non. Nous avons pris une route escarpée en direction de la zone de chasse la plus proche. Ils n’ont pas eu besoin de carte pour dénicher le coin idéal, eux.
Ensuite, sous la menace de nos armes, ces salauds nous ont ficelés. Après avoir déposé avec soin la dernière couenne de porc sur nos pompes, nos cousins canadiens nous ont joyeusement pissé dessus et s’en sont allés, bras dessus, bras dessous.
Toujours selon mon guide de voyage, « il est inutile de faire le mort face à un ours, de même qu’il n’est pas recommandé de se réfugié dans un arbre. La plupart des plantigrades sont de bien meilleurs grimpeurs que vous ! Si l’ours vous a vu et s’approche en manifestant un comportement agressif (chuintements, grognements, lacération de troncs avoisinants…), faites face : remuez les bras, sautez sur place, lancez votre sac dans une direction opposée, parlez fort, imposez vous en tant que dominant. Si vous n’avez pas le choix, battez-vous ! Utilisez vos poings et vos pieds. Le recours à un spray au poivre se montre généralement assez dissuasif ».
Je n’invente rien. Je vous recommande la consultation en bibliothèque de n’importe lequel de ces manuels. Tout juste si l’on ne vous indique pas de viser les couilles de l’animal.
Tandis que je tente de me défaire de mes liens, lacérant mes poignets, et que ça BOUGE dans les fourrés tout proches, je me revois deux semaines plus tôt, déposer une bombe d’auto-défense sur le comptoir d’un magasin spécialisé.
- Pulvérisez bien dans les yeux et mettez la dose, m’assurait le vendeur. Le type qui vous cherche des noises va le sentir passer, je vous le garanti !
Je n’avais pas eu le cœur de lui demander si le produit pourrait faire l’affaire contre un grizzly.
La vérité, c’est que vous seriez surpris.
Sur le chemin du retour, dans le Boeing qui nous ramène au bercail, Ray est assis côté couloir, ses béquilles posées entre ses jambes. Il tient dans ses mains ce qu’on pourrait prendre pour un de ces objets souvenirs dont les touristes sont friands, genre petit boule à neige en plastique, enfermant de célèbres monuments miniatures. Mais si on regarde de plus près, c’est juste une abeille épinglée sous une petite cloche, avec l’étiquette, « Québec, 1998 ».
Mon frère tripote inlassablement cet objet, une lueur malsaine dans les yeux. Sans même y prêter attention, il marmonne « plus que mille cinq cent quatre-vingt trois milliards, six cent trente cinq mille, huit cent soixante trois… »
Tchernobyl dort sur mon épaule, son haleine pique les yeux.
Quant à moi, passager clandestin, je termine son verre de whisky, en pensant aux 60 000 ours peuplant l’Amérique du nord. A ce jour, ils continuent de violer allègrement les pucelles du canton.
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Annexes.
1.
Réponses aux questions de début de chapitre :
I. Réponse 1 – Vrai.
II. Réponse 3 – L’équivalent de 300 terrains de football
III. Réponse 1 – Vrai
2.
En France, depuis une dizaine d'années, les apiculteurs mènent un combat difficile : confrontés à une baisse de 30 à 50% de leur production et à des niveaux de mortalité d'abeilles multipliés par quatre ou cinq en 10 ans, ils tentent d'alerter l'opinion et les pouvoirs publics. Aujourd'hui, ils semblent avoir été entendus : le taux de surmortalité de 30 à 35 % des abeilles n'est plus contestable.
En revanche, personne ne semble être en mesure d’annoncer clairement les raisons de cet inquiétant déclin…